— Tenez, elle avait un petit signe comme vous, là.

— Où, là ?

— « Tant pis, se dit-il, gare au soufflet ». Et il l’embrassa longuement. Elle voulut lui échapper, se détourner mais elle le fit si maladroitement qu’il rencontra ses lèvres. Elle le mordit ; lui, déchaîné, la serra plus fort et finalement elle céda gémissante et confuse.

Il s’en fut satisfait. Elle l’aimait, elle lui avait avoué qu’elle l’aimait depuis des années, depuis qu’elle l’avait vu pour la première fois. Elle lui paraissait plus fougueuse encore que Viviane. Elle avait refusé de lui vendre les titres : « Réflexion faite, avait-elle dit, je les garde ; vous me conseillerez pour les gérer puisque nous sommes maintenant de bons amis.

— Si bons amis que cela ?

Elle n’avait pas répondu, le serrant contre lui…

Quelques heures après, elle achevait de raconter l’aventure à Poulétous nu dans son lit : « Et il se croit malin, le zigoto, disait-elle, avec un gros accent faubourien en se tapant les cuisses. Il a cru m’avoir à la suite de savantes combinaisons. Il ne se doute pas que je le guette depuis cinq ans, depuis que le vieux singe commençait à faire sa malle. Crois-tu, mon petit, il est convaincu, dur comme fer, que Viviane a existé et que nous étions jumelles. Ce qu’ils peuvent être marrants, les hommes ! Attends un peu, comme je vais te le faire danser ce frère-là ! Et quand il saura que je connais sa femme ! »

— Tu vas le lui dire ?

— Mais, mon petit, il faut bien ; pas tout de suite, je vais d’abord me rendre indispensable. Après ça je lui avouerai que je suis Balbine Vassal. Au fond il en sera fier ; je serai la femme honnête, la femme de son monde, qui a commis une faute bien sûr, mais enfin qu’on peut recevoir, qui a été présentée à Madame Rabevel. Ça lui paraîtra même commode. Ah ! tu sais, les plus malins ne le sont guère !

La catin ne se trompait pas. Rien de plus naïf que certains hommes, même les plus experts, dès qu’ils sont entre les mains d’une femme sans vergogne. Rabevel prit l’habitude de la voir tous les jours. Sa réaction, lorsqu’il apprit que Pauline n’était autre que Balbine Vassal fut exactement celle qu’elle avait prévue. Il finit par l’introduire adroitement chez lui. Il trouvait à la réunion de toutes ces femmes une sorte de joie sadique.