I. L.
Mai 1875.
L'Avertissement qui précède était composé à l'imprimerie et prêt à mettre sous presse, lorsque, en me promenant sur les quais, je rencontrai par hasard un exemplaire de l'Index librorum prohibitorum. Machinalement je l'ouvris, et la première chose qui me tomba sous les yeux fut l'article suivant:
de Ameno Ludovicus Maria. Vide Sinistrari.
Mon cœur battait très-fort, je l'avoue. Étais-je enfin sur la trace de mon auteur? était-ce la Démonialité que j'allais voir clouée au pilori de l'Index? Je courus aux dernières pages du redoutable volume, et je lus:
Sinistrari (Ludovicus Maria) de Ameno, De Delictis et Pœnis Tractatus absolutissimus. Donec corrigatur. Decr. 4 Martii 1709.
Correctus autem juxta editionem Romanam anni 1753 permittitur.
C'était bien lui. Le vrai nom du Père d'Ameno était Sinistrari, et je possédais le titre d'un au moins de ces «ouvrages sérieux» auxquels le bibliographe Brunet faisait allusion. Ce titre même, De Delictis et Pœnis, n'était pas sans rapport avec celui de mon Manuscrit, et j'avais lieu de supposer que la Démonialité était au nombre des délits examinés et jugés par le Père Sinistrari: en d'autres termes, ce manuscrit, en apparence inédit, se trouvait peut-être publié dans le volumineux ouvrage qui m'était révélé; peut-être encore était-ce à cette monographie de la Démonialité que le Tractatus de Delictis et Pœnis devait sa condamnation par la Congrégation de l'Index. Tous ces points étaient à vérifier.
Mais il faut avoir tenté des investigations de ce genre pour en connaître les difficultés. J'interrogeai les Catalogues de livres anciens qui me tombèrent sous la main; je fouillai les arrière-boutiques des bouquinistes, des antiquaires, comme on dit en Allemagne, m'adressant particulièrement aux deux ou trois maisons qui exploitent à Paris la vieille Théologie; j'écrivis aux principaux libraires de Londres, de Milan, de Florence, de Rome, de Naples: le tout sans résultat; le nom même du P. Sinistrari d'Ameno semblait inconnu. J'aurais dû sans doute commencer par une enquête à notre Bibliothèque Nationale; force me fut d'y recourir, et là du moins j'eus un commencement de satisfaction. On me présenta deux ouvrages de mon auteur: un in-4o de 1704, De Incorrigibilium expulsione ab Ordinibus Regularibus, et le premier tome d'une collection de ses Œuvres complètes: R. P. Ludovici Mariæ Sinistrari de Ameno Opera omnia (Romæ, in domo Caroli Giannini, 1753–1754, 3 vol. in-folio). Malheureusement ce premier tome ne contenait que la Practica Criminalis Minorum illustrata: le De Delictis et Pœnis faisait l'objet du tome troisième, et ce dernier volume, aussi bien que le second, manquait à la Bibliothèque.