Ignavia. Inertia. Segnitia. Desidia. Socordia. Pigritia.

1. Ignavia, opposé à industria, l’amour du désœuvrement considéré comme une dérogation à la loi du devoir, en ce sens qu’on n’est homme, qu’on ne se distingue du vulgaire, qu’on ne vaut par soi-même que si on est doué du goût de l’action ; inertia, le même amour envisagé comme une infraction à la loi du travail, en ce sens que l’homme ne devient un membre utile, plus ou moins estimable de la société, que par son activité pratique. L’oisiveté, ignavia, est entée sur le naturel ; l’action lui répugne ; la fainéantise, inertia, est affaire d’habitude et de caractère ; elle ne se soucie point de travailler. Un méchant esclave est un fainéant, iners ; un noble qui vit sans rien faire est un oisif, ignavus.

2. Segnitia, desidia, socordia et pigritia, défauts divers d’un tempérament trop tranquille. La nonchalance, segnitia, attend qu’on l’excite, qu’on la contraigne, qu’on la prenne corps à corps avant de renoncer au repos ; elle a pour opposé promptus. L’indifférence, desidia, se croise les bras et attend que les choses se fassent d’elles-mêmes. L’apathie, socordia, est incapable de prendre à quoi que ce soit un vif intérêt et néglige ses devoirs faute d’y songer. La paresse, pigritia, a une horreur naturelle de toute espèce de mouvement et n’est heureuse que dans les bras du repos.

Ignominia. Infamia. Dedecus. Probrum. Opprobrium.

1. L’ignominia ôte l’honneur légal dont la perte ne dépend point des propos du public, mais d’une juste réprimande infligée par un magistrat, un censeur, par exemple, ἀτιμία ; l’infamia ôte l’honneur moral, la bonne réputation ; elle tient au mépris public, elle est la suite d’une conduite honteuse et déshonorante, δυσφημία.

2. Ignominia et infamia sont des termes abstraits qui marquent l’état d’une personne déshonorée ; dedecus et probrum, des termes concrets qui marquent la cause de cet état, l’acte déshonorant. Le dedecus s’écarte des façons d’un homme d’honneur, de la noblesse qu’on s’attendait à retrouver dans toutes ses actions ; le probrum entache la moralité d’un homme qu’on croyait du moins capable de se conduire honnêtement. La bassesse expose au dedecus dans les fonctions publiques ; l’inconduite, au probrum dans les relations privées.

3. Probrum, reproche qu’on serait en droit de nous adresser ; opprobrium, reproche formulé. Probrum appelle l’attention sur la honte qui a été encourue ; opprobrium, sur le blâme qui s’exprime hautement.

Ignoscere. Veniam dare.

Ignoscere est un acte moral : c’est pardonner de tout cœur, remettre et oublier, par opposition à garder rancune, comme συγγιγνώσϰειν ; veniam dare est un acte politique ; c’est substituer la clémence à la justice, par opposition à châtier, comme μεθιέναι. L’ami, l’égal pardonne, ignoscit ; le supérieur, le puissant fait grâce, veniam dat. Cic. Man. 3. “Illis imperatoribus laus est tribuenda quod egerunt ; venia danda quod reliquerunt.” “Il faut louer ces généraux de ce qu’ils ont fait ; il faut leur faire grâce pour ce qu’ils ont laissé inachevé.” Comparez avec Att. XVI, 16.Ignosce mihi quod eadem de re sæpius scribam.” “Pardonne-moi de revenir si souvent sur le même sujet.”