O Viateur pour t'abréger le compte

Ci-gist un rien là où tout triompha[190].

Cette haute réflexion de philosophie si bien exprimée par le poëte, n'indique ni mort soudaine, ni violente. Madame de Châteaubriand vivait retirée de la cour pendant la faveur de mademoiselle d'Heilly, créée par lettres-patentes, duchesse d'Estampes; celle-ci, qui jouissait alors de toute la puissance royale, se faisait la protectrice des savants, des érudits de toute cette école demi-huguenote qui bourdonnait autour du Roi: elle donna asile à Rabelais dans les terres de son père, seigneur de Meudon[191], et Rabelais fut nommé curé de la paroisse où il écrivait ses étranges et fastidieuses bouffonneries.

Aussi n'est-il sorte de flatterie que les poëtes n'adressent à la duchesse d'Étampes, et Marot en tête lui prodigue l'encens à pleines mains. Mademoiselle d'Heilly, duchesse d'Étampes, un peu fatiguée d'un long voyage, avait perdu de sa fraîcheur, Marot lui adresse ce petit rondeau flatteur:

Vous reprendrez, je l'affirme

Par la vie,

Ce teint que vous a osté

La déesse Beauté

Par envie[192].

Quand tout l'encens des poëtes, des érudits s'élevait au pied de la duchesse d'Étampes, pour l'entraîner aux opinions nouvelles, Diane de Poitiers se rattachait de plus en plus au parti des Guises, aux fervents catholiques que menaçait l'élévation de la duchesse d'Étampes, favorable aux opinions de Calvin. C'est par ordre de la duchesse que Calvin traduisait les psaumes; c'est par son intermédiaire qu'il adressait au Roi des dédicaces, et afin de servir ses penchants, le Roi fit épouser à la duchesse, un gentilhomme très-enclin aux idées de la réformation, Jean de Brosses[193]; néanmoins mademoiselle d'Heilly garda le titre et le nom qu'elle devait au roi, celui de duchesse d'Étampes, avec cinquante mille livres de pension. Diane de Poitiers n'eut besoin d'aucune influence pour rentrer dans le patrimoine de son père, le comte de Saint-Vallier, que lui restituait une des stipulations du traité de Madrid. La duchesse d'Étampes, fière de sa jeunesse, bravait avec une certaine hauteur Diane de Potiers, alors appelée madame la grande sénéchale, et qu'une fortune singulière attendait plus tard avec le règne du dauphin, depuis Henri II.