Pour rester juste et impartial, il faut dire que les opinions de la Réforme s'étaient produites, en majorité jusqu'ici en France, dans des conditions plus calmes, plus modérées que les jacqueries luthériennes de l'Allemagne. Ces opinions purent mériter la protection de mademoiselle d'Heilly (la duchesse d'Étampes), comme elles avaient trouvé des partisans dans les classes scientifiques et universitaires. Le calvinisme, quoique plus hardi, plus dessiné comme doctrine, avait quelque chose de plus doux dans la parole et dans l'expression. Calvin, né à Noyon, loin de lutter contre la puissance royale, s'adressait à elle dans les formes les plus obséquieuses, pour demander sa protection; il dédiait à François Ier ses livres et ses œuvres[209]. Calvin avait pour protectrice avouée Marguerite de Valois (depuis duchesse d'Alençon), cette tendre sœur du roi, puis madame Marie de France, duchesse de Ferrare[210] et enfin la duchesse d'Étampes, toute puissante à la cour de François Ier.
Ce fut sur les instances de la maîtresse bien-aimée de François Ier, que Clément Marot traduisit les psaumes en français, que le soir on récitait dans le Pré-au-Clerc, ce beau rendez-vous de la cour[211]. Qu'on se représente au delà de la Seine, les prés fleuris en face du Louvre, ombragés de grands arbres et s'étendant jusqu'au village de Grenelle. L'université avait là ses jardins, ses allées, ses vergers en espaliers, sa fruiterie, et ses beaux treillis de vigne. Le soir, le Pré-au-Clerc retentissait d'une douce musique qui accompagnait les psaumes de David: chacun y mettait son air favori, et la popularité de l'œuvre de Marot fut si grande, que le roi en accepta enfin la dédicace:
Puisque voulez que je poursuive, ô Sire,
L'œuvre royale du psautier commencé,
Et que tous ceux aimant Dieu le désire,
D'y besogner m'y tient tout disposé;
S'en sente donc qui voudra offensé;
Car ceux à qui un tel bien ne peut plaire
Doivent penser, si jà ne l'ont pensé,