Il les sécha pourtant, et comme un autre Alcide,

Contre fortune instruit,

Fit qu'à ses ennemis, d'un acte si perfide

La honte fut le fruit.

Leur camp que la Durance avait presque tarie

De bataillons épais,

Entendant sa constance, eut peur de sa furie

Et demanda la paix.

Le poëte Malherbe ne parlait que par la tradition, il n'avait vu ni les hommes ni les événements du règne de François Ier: le procès poursuivi contre Montécuculi, jugé et condamné pour l'empoisonnement du dauphin[293], comme agent de l'Empereur, ne constatait qu'un résultat, la volonté de jeter un grand odieux sur la personne de Charles-Quint, et de l'accuser d'un crime, au milieu de ses conquêtes...

A ce moment la politique de François Ier, soulevait une irritation profonde dans toute la chrétienté menacée par les sultans; non-seulement le Roi avait fait une alliance secrète avec le Turc, mais encore il avait attiré, secondé ses entreprises, en Italie, en Allemagne, afin d'amener un contre-poids à la domination universelle de Charles-Quint. Dans le droit public de l'école moderne, une telle politique eut été habile, justifiée; mais au sortir du moyen-âge, elle était comme un sacrilége: ainsi il était avéré que dans l'expédition de Provence, c'était moins le camp d'Avignon, la marche des Français sur le bord du Rhône, qui avaient déterminé la retraite des flottes et des troupes de Charles-Quint que la nouvelle reçue par l'Empereur, que les Turcs et les Arabes d'Afrique se préparaient à débarquer sur les côtes de Gibraltar et à soulever les maures si nombreux encore en Espagne: Charles-Quint, à l'exemple de Ferdinand et d'Isabelle, avait été d'une indulgence extrême pour les Maures qui restaient maîtres, par le commerce et leurs richesses, des grandes cités de l'Andalousie: Cordoue, Séville, Grenade, et des magnifiques huertas du royaume de Valence. Pour contenir les Maures et sauver l'Espagne d'un soulèvement, il fallut plus tard la politique sévère de Philippe II et l'inflexible justice de l'inquisition. François Ier, en s'alliant avec le sultan, mettait en péril la sûreté de l'Espagne et de l'Italie[294].