Connoissez donc le monde, & songez qu’aujourd’hui
Il faut que vous viviez moins pour vous que pour lui.
L’Indiscret, Comédie, scéne 1.
Conclusion de cet Ouvrage.
C’est dès la premiere année de notre vie, que doit commencer notre éducation : Et après les principes de la Religion, qui est elle-même la source de toutes les vertus sociables, rien n’est plus important que d’établir en nous le désir & les moyens de disposer, en notre faveur, les esprits, afin de parvenir à nous concilier les cœurs ; parce que dans le commerce ordinaire de la vie, pour être heureux, il faut être aimé ; que pour être aimé, il faut plaire, & qu’on ne plaît qu’autant qu’on fait contribuer au bonheur des autres.
AVERTISSEMENT.
Les Contes des Fées, qu’on va trouver à la suite de cet Ouvrage, seroient sans doute déplacés, s’ils ne faisoient partie de l’Ouvrage même ; mais on reconnoîtra que les idées, les événemens qui constituent chaque Conte, servent à prouver l’utilité de quelques-uns des principes répandus dans ces Essais. Mon objet a été d’embrasser une sorte de Roman, dont toute l’action tendît à établir une ou plusieurs vérités morales. J’ai cru que le merveilleux de la Féerie concourroit à mettre ces maximes dans un jour plus agréable. J’ai varié le stile de ces Contes, selon le genre des sujets & le caractére des personnages ; mais je sens combien je serai loin de la perfection à laquelle est parvenu, dans de pareils Ouvrages, un de ces Auteurs célébres[42] qu’on relit sans cesse, & qu’on regarde comme d’excellens modéles, sans qu’on ose chercher à les imiter, parce qu’on les admire toujours davantage.
[42] Mr. De Fenelon, Archevêque de Cambray. Voyez les Fables qu’il a composées pour l’éducation de M. le Dauphin. Tom. 2. de ses Dialogues des Morts, anciens & modernes.
LES DONS
DES FÉES,
OU
LE POUVOIR
DE L’ÉDUCATION.
CONTE.
Entre les différens Souverains, qui, dans les temps reculés, partagérent l’Arabie, la Princesse Zoraïde fut célébre par l’amitié qu’elle avoit contractée avec deux Fées ; elle étoit bien digne de plaire à ces Intelligences, qui n’exerçoient alors leur supériorité sur les mortels, que dans la vûe de les rendre heureux. Peu de temps après la perte de son époux, qui lui fut extrêmement sensible, cette Princesse devint mere de deux fils, & sentant approcher la fin de sa vie, que tout l’art des Fées ne pouvoit reculer, elle leur parla ainsi.