Au travail, la Taupe chemine avec une vitesse variable selon la nature du sol plus ou moins résistant, de 10 mètres à 15 mètres par heure, soit en moyenne 12m,50 environ; mais lorsqu'elle revient à son gîte, lorsqu'elle court à la surface du sol et qu'elle est effrayée, elle peut atteindre, comme dans les expériences de Lecourt, la vitesse d'un cheval au trot. A la saison des amours, les mâles poursuivant une femelle creusent parfois de 50 à 60 mètres de galeries par heure.

La Taupe parcourt ses galeries de chasse (qui ont parfois ensemble plus d'un kilomètre) quatre fois par jour: au lever du soleil, de neuf à dix heures du matin, de deux à trois heures du soir, enfin un peu avant le coucher du soleil. Dans les intervalles du travail, elle se retire dans un gîte ou chambre qu'elle établit en un endroit d'accès difficile, sous des ruines, sous un mur, au pied d'une haie, etc. Ce gîte, qui a donné lieu à un plus fort déblai que les taupinières ordinaires, est assez éloigné du terrain de chasse avec lequel il communique par une seule voie qui se bifurque ensuite plus ou moins; autour du gîte rayonnent quelques courtes galeries. Voici comment Geoffroy Saint-Hilaire décrit cette merveilleuse construction, toujours établie sur le même plan et qui nous paraît presque comparable aux travaux de l'abeille: «Par des déblais plus considérables, l'animal s'est procuré une plus grosse taupinière: le tout est bientôt façonné au moyen d'une galerie circulaire sous clef; non contente d'avoir ouvert cette galerie en se glissant entre deux terres, la Taupe continue ses tassements de dedans sur le dehors par des poussées de son corps et de sa tête. (Cette galerie est marquée ii dans la figure 2 A.) Une autre galerie circulaire, au-dessous de la première, uu, est plus grande et de niveau avec le terrain environnant. La Taupe y fait les mêmes tassements. Les galeries communiquent entre elles par cinq boyaux également espacés (fig. 3 A), et la galerie supérieure aboutit au sommet du gîte par trois routes. Le gîte, ou la chambre qu'habite la Taupe, porte au fond un trou (c'est l'emplacement circonscrit par une ligne de points et marqué g) qui fait l'entrée d'une route de sauvetage pour elle, si elle est menacée. Ce trou est d'ordinaire bouché par un matelas d'herbages: pour que le tassement, sous le comble de la taupinière, puisse acquérir la plus grande densité possible, la Taupe y ouvre encore plusieurs autres boyaux aveugles, dont elle fait les enduits avec son poil lisse et les pressions de toute sa masse. Ces boyaux sont en outre comme autant de sentinelles avancées; car les premiers rompus, l'éboulement de leurs flancs intérieurs devient un sujet d'alarme.»

La figure 3 montre comme faisant partie du tracé général des routes, le gîte en i, et les galeries latérales par où la Taupe s'échappe. En A est le gîte grandi et vu de face; et en A (fig. 2) est cette même habitation aperçue de profil. Enfin la courbe zz figure la coupe de l'extérieur du terrain.

La Taupe est loin d'être sociable; elle ne supporte autour d'elle aucun animal vivant; elle attaque les grenouilles (mais non les crapauds), les mulots, les souris, campagnols, musaraignes, l'orvet; elle se défend contre la belette et la vipère; quand elle rencontre une de ses semblables, il s'ensuit un duel qui ne se termine que par la défaite, la mort et l'engloutissement de l'une des deux. Mais l'heure du berger sonne aussi pour la Taupe. Les mâles entrent en rut et les femelles en chaleur, depuis le 15 février jusqu'au 15 août environ.

Une autre vie commence alors; les mâles et les femelles qui, jusque-là, ont vécu isolés, quittent leurs galeries et leurs gîtes, abandonnent leurs cantonnements et s'en vont errer à l'aventure. Il y a trêve entre les femelles, mais guerre déclarée entre les mâles. Quand deux de ceux-ci se rencontrent, le combat commence sous terre et se termine par la mort ou la fuite du vaincu. Quant au vainqueur, il se met en quête d'une compagne qu'il lui faut conquérir, non-seulement contre des rivaux, mais aussi contre elle-même. Tout en désirant l'approche du mâle, la femelle s'enfuit devant lui, et, comme la nymphe sans doute,

Fugit ad salices et se cupit ante videri.

Fig. 5