Arrivé chez Rosange, Victor est mis au lit, et le duc se retire, après avoir promis à ces tendres amis de venir souvent lui-même s'informer de la santé de son jeune protégé: c'est ainsi qu'il appelle Victor.

Cependant le fils d'Adèle a recouvré ses sens; mais un transport furieux agite son cerveau, une fièvre brûlante dévore son sang: des gens de l'art sont appelés: ils se consultent; mais bientôt ils apprennent à Rosange et à Clémence, que leur ami n'a plus que quelques jours à vivre....... Ciel! quelle affreuse nouvelle!.....

Les plus grands soins sont prodigués au malade, et Clémence, malgré toutes ses occupations, prend le temps encore d'écrire à son père, de qui elle n'a point eu de nouvelles, et qu'elle appréhende de perdre, s'il apprend les affreux événemens qui viennent de se succéder si inopinément.

Je vais laisser parler Clémence et ses correspondans dans le chapitre suivant: heureux d'être parvenu à tracer celui-ci, avec le plus de rapidité qu'il m'a été possible, pour ne point retenir trop long-temps l'attention de mon lecteur sur des cachots, des échafauds, des supplices, que je n'aurai plus à retracer, heureusement pour mon cœur, que ces tableaux affreux ont brisé.

CHAPITRE XII


EN LETTRES.

Clémence au baron de Fritzierne.

Que faites-vous, ô mon père! où êtes-vous!...... Qu'avez-vous pensé de votre fille? Vous lui écrivez la lettre la plus tendre, la plus touchante; qu'elle vienne, lui dites-vous; cette fille que je chéris, et je ferai son bonheur; je l'unirai à celui qu'elle aime; et votre fille ne vole pas dans vos bras paternels, et vous n'entendez plus parler de cette fille, que vous accusez sans doute d'ingratitude!.... Non, mon père, non, elle n'est point ingrate, votre Clémence; elle ne le fut, et ne le sera jamais..... Elle allait reprendre la route du toit paternel, elle avait rejoint..... Mon père, osera-t-elle vous l'avouer: elle avait retrouvé Victor; tous deux allaient vous presser contre leur cœur qui vous vénère.... Hélas! un malheur inattendu..... inoui.... vous avez sans doute entendu dire, mon père, que Roger était tombé entre les mains de la justice. Victor l'apprend, Victor lui-même est compromis comme fils de cet homme abhorré!...... Une prison devient la sombre demeure de votre fils adoptif; et bientôt, tableau effroyable! il est témoin du supplice de Roger, comme Roger le fut jadis de celui du baron de Walfein; mais, mon père, la situation de Victor a été plus affreuse. Ce monstre lui a parlé à ses derniers momens, il a eu l'audace de souiller, par le baiser du crime, l'incarnat de l'innocence qui décore le front de mon amant! Puis-je vous rendre nos douleurs; Victor est libre enfin, mon père, il est libre, grace à la puissante protection du duc d'Autriche, qui, lui-même, a été briser ses fers dans son cachot. Mais comme il est écrit que je dois être à jamais malheureuse, le désespoir, la honte, l'horreur des cachots, des tableaux horribles qui ont frappé ses yeux, tout a plongé Victor dans une maladie effrayante, désespérée, à ce que disant les médecins. Victor n'a plus que quelques jours à vivre. Tout l'art des docteurs est impuissant, il a trop, trop souffert, l'infortuné!....

Ah, mon père!..........