—Je crois qu'il me tuerait et vous aussi, s'il apprenait... s'il savait...
—Oh! ma chère enfant, on s'habitue à ces douleurs-là.
—Mon père s'habituer à la honte, jamais!
—Quand tu auras ici une position lucrative, tu lui écriras que tu as quitté Lille, parce que cette vie de travail et de pauvreté sans perspective d'amélioration possible t'a rebutée, et que tu es venue chercher à Paris une existence plus conforme à tes goûts. Enfin, dans quelques mois, tu seras majeure et libre par conséquent. Tes parents ne pourront pas s'opposer à tes volontés.
—Il faudra bien me résoudre à leur donner ce grand chagrin, dit Geneviève en soupirant; car je ne puis plus retourner auprès d'eux dans la position où je me trouve. Vous me comprenez, Lionel; il y a quelque temps j'espérais encore me tromper, mais maintenant je ne puis plus douter.»
Elle fondit en larmes.
M. de Lomas ne s'attendait pas à une semblable révélation. Et comme il n'aimait plus Geneviève, il ne chercha pas beaucoup à dissimuler la vive contrariété qu'il en éprouva. Il quitta soudain le ton presque tendre et le tutoiement qu'il venait d'employer, et lui adressa quelques froides consolations.
Il savait bien que Geneviève n'aimait que lui. Mais comme tous les hommes sans conscience, plus coupables cependant que la femme séduite, il voulait douter, afin de rejeter sur Geneviève seule la conséquence de leur faute commune. Il pouvait du moins feindre des soupçons qui donneraient un prétexte à son abandon.
«Quel est ce jeune ouvrier, demanda-t-il, qui vient de me remettre votre lettre?»
Geneviève était si candide dans son amour, que, ne pouvant deviner la pensée injurieuse qui traversait l'esprit de M. de Lomas, elle répondit naïvement à sa question. Elle attribua son refroidissement subit à toute autre cause et regretta presque de lui avoir fait cette révélation.