Elle demeurait très-perplexe, très-embarrassée de se former une opinion sur le compte de M. de Lomas.

Lorsque Maxime arriva, Mme Daubré n'était pas encore prête.

Madeleine ne l'avait pas revu depuis leur rencontre en chemin de fer. Pourtant Mme Daubré recevait souvent Maxime; mais, ces jours-là, elle envoyait l'institutrice conduire les enfants aux Tuileries.

Maxime avait réellement dans le caractère un côté chevaleresque. Il pardonnait aisément à une femme de repousser son amour. D'ailleurs il comptait tant d'autres succès qui rassuraient son amour-propre! Il ne comprenait pas qu'un homme eût la prétention de plaire à toutes les femmes et s'irritât d'un échec comme d'une injure. Il se reconnaissait au contraire des torts vis-à-vis de Madeleine, et il avait à cœur de les réparer. Il la salua avec déférence, en implorant du regard son pardon.

Elle lui tendît la main; mais ses yeux troublés n'osèrent se lever sur lui.

Ce jeu muet, quoique très-rapide, ne put échapper aux regards intéressés et observateurs de M. de Lomas.

«Allons! pensa-t-il, ce n'est pas Albert qui est mon rival le plus redoutable. Si j'échoue, voilà un nœud tout trouvé pour la petite intrigue que Lucrèce m'a si instamment recommandé de mener à bien. Le jour où je le désirerai, Madeleine sera congédiée.»

M. de Lomas, on le voit, n'avait pas la générosité de Maxime. Il ne pardonnait pas aisément une blessure faite à sa vanité. Lui aussi pourtant, il avait obtenu de nombreuses bonnes fortunes; mais, à quarante ans, un échec est beaucoup plus sensible qu'à vingt-cinq.

À quarante ans, un homme se croit et se sent réellement encore jeune. Cependant il a besoin que l'amour même le rassure sur cette jeunesse au déclin. Aussi, comme la femme de trente ans, est-il plus passionné, plus persistant dans ses tentatives de séduction, et, par cela même, plus dangereux.

Mme Daubré arriva enfin. Elle était éblouissante; mais cette femme était une fiction: du rouge aux lèvres et sur les joues, du blanc autour des paupières, un nuage de bleu aux tempes, et aux sourcils trop blonds un peu d'ombre, lui composaient un visage qui, à vingt pas, faisait illusion, mais qui de près ressemblait à une peinture. Des cheveux d'emprunt, flottant en boucles par derrière, dissimulaient son cou trop maigre. Sa toilette, du reste, était aussi simple que celle de Béatrix était chargée: Mme Daubré voulait se rajeunir, Béatrix aspirait au contraire à se donner un ou deux ans de plus. Maxime déclara la simplicité de Mme Daubré adorable, tandis que M. de Lomas s'extasia sur les falbalas de Béatrix. Quant aux femmes, elles s'adressèrent réciproquement sur leurs toilettes des compliments qu'elles ne pensaient pas.