«Comment, chères belles, minauda la coquette, voilà huit grands jours que je ne vous ai vues! Samedi j'ai passé chez vous espérant vous emmener dans ma voiture; vous étiez au sermon.

—Oh! pendant la semaine sainte, nous ne sortons que pour aller à l'église, dit Béatrix; nous nous mettons en retraite.

—Oui, c'était l'habitude au couvent, ajouta Laure; ce n'est pas amusant, mais il faut bien gagner le ciel.

—Avez-vous assisté aux conférences du père X...? demanda Lionel. Elles étaient fort intéressantes; je n'en ai pas manqué une.

—Et moi donc! reprit Maxime en riant... Tiens! maman n'est pas là. C'est inutile de mentir. Comment! mon pauvre diable de Lionel, vous seriez déjà ermite à ce point-là? Vous me faites de la peine.

—Mon cher, il faut être jeune, au contraire, pour sentir toute la poésie et toute la grandeur du culte catholique.

—Oui, en effet, très-jeune ou très-vieux.

—Vous nous scandalisez, monsieur Maxime, fit Mme Daubré avec coquetterie.

—Ce père X..., reprit Lionel, a un esprit si séduisant! Il prêche dans une petite chapelle de la rue de Provence. Les femmes du monde y affluent. Tenez, comment trouvez-vous cela? Peut-on démontrer par une comparaison plus juste, plus attrayante, la nécessité de prier beaucoup, de prier toujours? Il disait: «Quelques esprits sceptiques tournent en ridicule nos plus saintes pratiques, celle du rosaire, par exemple, où 180 fois de suite nous adressons à Marie la même prière. Une maîtresse de maison qui donne une soirée se lasse-t-elle jamais de s'entendre dire par deux ou trois cents personnes: Madame, votre soirée est charmante?»

—Ah! mon cher! qu'il a d'esprit, votre prédicateur! s'écria Maxime en riant aux éclats. Il parle de deux ou trois cents personnes différentes, très-bien! Mais si ces deux ou trois cents personnes se mettaient à dire toutes ensemble deux ou trois cents fois de suite: «Madame, votre soirée est charmante, «cela pourrait devenir plus assourdissant que flatteur.»