«Mon Dieu! que c'est beau! fit Lucrèce, qui admirait en artiste les teintes riches et soyeuses de cette magnifique chevelure. Et elle pensait:—Quel fin connaisseur que ce Lomas! Cette fille est à cent piqués au-dessus de la Beausire. Elle la supplanterait.

«Mon enfant, dit-elle, il est impossible, belle comme vous êtes, que M. de Lomas vous ait déjà abandonnée. Laissez-moi faire. Il vous manque trois choses pour lui plaire tout à fait: de la toilette, de l'éducation et les manières du monde. Je me charge de vous procurer tout cela.

—Oh! madame, que vous êtes bonne! Je ne sais si je rêve.

—Je parlerai de vous à un respectable monsieur, fort riche, qui a eu dans sa jeunesse une grande peine de cœur. Il aimait une jeune fille pauvre qui l'aimait aussi. Ses parents s'opposaient à leur mariage, et la jeune fille en mourut de chagrin. Vous voyez que cette histoire offre quelque analogie avec, la vôtre. Ce monsieur, qui est le duc de Lormond, en a été inconsolable, et il consacre chaque année une partie de son revenu à établir des jeunes filles sans fortune.»

Comme Geneviève la regardait avec quelque hésitation, elle ajouta:

«Il y a, à Paris, une foule de personnes bienfaisantes qui s'occupent de secourir et d'instruire la jeunesse. Voilà pourquoi je vous disais tout à l'heure: vous avez bien fait de venir à Paris, vous y ferez fortune.»

Geneviève ne conserva plus la moindre arrière-pensée.

Mme Thomassin rentrait en ce moment, apportant une robe de bal de moire cerise, recouverte d'un volant en point d'Angleterre.

«Que c'est beau ce que vous nous apportez là, madame Thomassin, et que ce corsage est coquet! Combien cette merveille?

—Très-bon marché. Avec les volants, 1800 francs.