«Pauvre garçon, pensait Fossette, s'il savait qu'il est cause de mon chagrin! Faut-il donc le punir de l'injustice d'un autre? Je le veux bien, répondit-elle. Au surplus, je ne pourrais me passer moi-même de votre amitié; car vous m'avez gâtée; vous êtes si bon pour moi!»

Elle lui tendit la main.

«C'est donc vrai! C'est donc possible! Vous me permettez de vous suivre!»

Il se laissa tomber à genoux. Il pleurait, il riait, il ne savait que faire de cette main qui le brûlait.

Il la baisa avec respect.

«Vraiment! dit Fossette avec un soupir, il n'y a qu'une chose excellente au monde, c'est l'amitié d'un être bon et affectueux comme vous, Robiquet. J'accepte vos services, parce que je les crois tout à fait désintéressés. Je ne veux plus aimer.

—Oh! mademoiselle, je n'ai jamais espéré que vous pourriez m'aimer comme je vous aime. Je ne vous demande que la permission de vous servir. Je vous respecterai toujours, vous le savez bien.»

Le surlendemain, Fossette quittait le garni de la rue de Venise. Son départ fut une désolation pour la maison; car tous les locataires la connaissaient et la chérissaient. Plusieurs raccompagnèrent jusque dans la rue. La mère Blancheton était rentrée tout exprès pour lui prêter sa charrette, une belle charrette neuve achetée avec les cinquante francs de Madeleine.

«Cette fille-là, disait-elle de sa voix rauque en essuyant une larme, ça vous a des façons de demoiselle avec le cœur d'une ouvrière. Et puis c'est aussi gai qu'un rayon de soleil. Quand elle m'apportait un peu de lait ou un bol de tisane: Sans doute, que je lui disais, ça me ravigote, ce que vous me donnez là; mais ce qui me guérit, c'est plutôt de penser qu'on n'est pas tout à fait un chien perdu dans le monde, et que quelqu'un s'intéresse à moi.

—C'est comme nous, reprenait la femme Brisemur qui commençait à se lever, sans elle nous serions tous morts. Elle a passé toute une nuit à me soigner. C'est si pauvre chez nous, que personne autre n'aurait voulu rester au milieu d'une pareille désolation.»