Quant à Christine, elle pleurait à sanglots. Claudine aussi était désolée, car elle allait rester seule.
«Au moins, lui demandait-on, saurons-nous votre adresse?
—Je ne puis la donner, car je pars pour qu'on ne me trouve pas. Mais dans un mois peut-être reviendrai-je, si ma chambre est encore libre.
—On vous la gardera tant qu'on pourra, mademoiselle Fossette, répondit le concierge, propriétaire du garni, car on n'a pas souvent d'aussi aimables logeuses, ni d'aussi honnêtes.»
Robiquet marchait devant, conduisant la charrette, et Fossette, qui suivait, se retournait de temps en temps pour envoyer encore des saluts à ses amis.
[XXV]
Geneviève, vêtue d'une jolie robe grisaille et coiffée à la grecque avec une résille de velours cerise, était complètement transformée; et, comme elle se sentait belle et admirée, ses gestes mêmes étaient devenus plus dégagés, plus coquets; son regard avait plus d'assurance. Elle s'exprimait avec moins de timidité et plus d'à-propos. Mais que d'ennemies lui fit dans l'atelier cette métamorphose! Il n'était pas jusqu'à la demoiselle à repentirs, bien sûre de ses charmes pourtant, qui ne se sentît écrasée par la beauté de la jeune Lilloise.
Aussi, pendant plusieurs jours, Geneviève fut-elle le point de mire de toutes leurs malices. La première elle-même commençait à s'inquiéter de la faveur dont la nouvelle jouissait auprès de madame.
«Il faut avouer que cette mijaurée, qui le premier jour n'osait lever les yeux, a eu vite fait son éducation, dit l'une de ces demoiselles. Maintenant elle a l'air de se moquer de nous.
—Et ça ne sait pas même tenir proprement une aiguille! reprit une autre. Il est vrai que pour le commerce qu'elle fait....