—Mademoiselle, repartit Geneviève avec dignité, je ne fais aucun commerce; et, si vous continuez à me tourmenter, je me plaindrai à madame.
—Rapporteuse et moucharde! il ne vous manquait plus que ça, ma mie. Si nous disions, nous, qu'il vous faut une demi-heure pour coudre un lé!
—C'est une ouvrière amateur, quoi! Vous avez donc quelqu'un qui paye pension à madame?»
Geneviève ne répondit plus, mais elle rougit d'indignation.
«Mesdemoiselles, elle a rougi; preuve qu'on a tapé juste.»
Une ouvrière belle parleuse, se croyant un peu de littérature (par rapport, disait-elle, à un jeune homme de lettres qui lui adressait des vers), prit à son tour la parole:
«Voyons, jeune mystérieuse, raconte-nous ton roman. Ton héros est-il brun ou blond? est-il sentimental ou badin? T'écrit-il des épîtres passionnées? Chacune, en entrant à l'atelier, raconte sa biographie, et après on la laisse tranquille. Mais toi, tu ne veux rien dire, tu fais la pimbêche, c'est vexant.
—Que voulez-vous savoir? reprit Geneviève les larmes aux yeux.
—Eh bien! qui t'a donné cette robe? car enfin une ouvrière ne peut pas, avec ses quarante sous par jour, se nourrir, payer son loyer et son blanchissage, et s'acheter, pour tous les jours, une robe de quatre francs le mètre.
—C'est une dame,» répondit Geneviève.