«Adieu, dit-il; je vous ai prise un peu à l'improviste; réfléchissez à ma proposition.»
Il sortit, laissant Geneviève atterrée.
Lorsque Mme Thomassin la rejoignit au salon, Geneviève était assise, morne et le visage inondé de larmes.
Voilà donc pourquoi on l'avait habillée, pourquoi on s'intéressait à elle, pourquoi on l'avait entourée de soins et d'égards! Mais qu'était donc cette Mme de Courcy, à laquelle Lionel l'avait recommandée? qu'était donc la maison de Mme Thomassin?
Cette maison ressemblait à beaucoup d'autres. C'était un atelier de couture dirigé par une ancienne lorette. Quand on voit des jeunes filles, souvent même des enfants, poussées à l'inconduite par les personnes mêmes qui devraient les protéger, les défendre, faut-il s'étonner de l'effroyable dépravation d'une trop grande partie de cette classe d'ouvrières? C'était surtout cette dissolution des moeurs, véritable fléau social, que voulait dénoncer et combattre Mlle Borel. C'était la mission à laquelle elle avait voué sa vie.
«Eh bien! mon enfant, qu'y-a-t-il? Pourquoi ce chagrin?» demanda à Geneviève Mme Thomassin avec une voix attendrie.
Autant Mme Thomassin se montrait dure, hautaine même vis-à-vis de ses ouvrières, autant elle savait être câline et gracieuse lorsque son intérêt l'exigeait.
«C'est une infamie, madame, c'est une infamie! répétait Geneviève; je ne me serais jamais attendue, en entrant ici, à de pareilles humiliations!
—Expliquez-vous, mademoiselle,» dit la couturière qui voulut paraître ignorer ce qui s'était passé.
Geneviève raconta son entretien avec le duc.