—Eh bien! admettons que ce soit un papa butor, d'une vertu farouche: il resterait à Lille, voilà tout. Et quand vous serez riche, vous trouverez un mari, un vrai mari, car avec de l'argent on en trouve toujours. Une fois mariée légitimement, que pourrait dire votre père? Vous épouseriez, n'est-ce pas, M. de Lomas? Eh bien! sachez que c'est un vrai libertin, qui ne vous rendrait pas même heureuse pendant quinze jours; et il n'a pas le sou, tandis que le duc a cinq cent mille francs de rentes. Songez donc! vous porteriez des robes comme celle que vous avez essayée l'autre jour, comme celle-ci, ajouta-t-elle en lui désignant une toilette éblouissante, et des bijoux semblables à ceux que vous voyez étalés rue de la Paix! Et puis une maison à vous toute seule, avec des tapis, des tableaux, des glaces sur tous les murs! Songez donc, tout ce bonheur pour vous, petite masque, et vous hésitez!

—Non, je ne veux pas, répondit Geneviève, comme si elle était éblouie par la tentation. Mon père viendrait à Paris tout exprès pour me tuer. Et puis c'est impossible, parce que je l'aime, lui.

—Voyons! attendez encore quelques jours, car en refusant vous faites une irréparable sottise. Réfléchissez.

—C'est inutile.

«Est-elle bête! pensa Mme Thomassin à bout d'arguments. C'est une vraie buse.»

—Pensez-y toujours. La nuit porte conseil.»

Geneviève remonta dans sa chambre. Elle écrivit à M. de Lomas ce qui venait de se passer. Puis, à la faveur de la nuit, elle se glissa jusqu'au n° 31 de la rue Louis-le-Grand et y déposa sa lettre.

[XXVII]

Sans doute Geneviève souffrait cruellement; mais combien plus grande eût été sa douleur si elle eût appris que son père était en prison, sa mère malade de chagrin, et que sa faute était la cause première de tant de malheurs!

L'arrestation de Gendoux avait tellement bouleversé la pauvre Thérèse qu'elle s'était mise au lit; et les faibles épargnes, amassées avec tant de peines, s'épuisaient chaque jour. Elle n'avait pour la soigner, dans sa cave sombre, que la voisine, le soir, au retour de la fabrique, et les deux petits, qui lui présentaient sa tisane quand elle avait soif. Contracté par le chagrin, son estomac refusait toute nourriture, et chaque jour elle s'affaiblissait davantage. De temps à autre pourtant elle se tramait jusqu'à la prison pour aller voir Gendoux. Ces entrevues étaient toujours douloureuses, et elles achevaient d'ébranler l'organisme de la pauvre femme.