On ne laissait pénétrer auprès du prisonnier aucun de ses camarades.

Cependant la coalition, comprimée à son début par l'emprisonnement de son chef et le retour de M. Daubré, était loin d'être complètement étouffée. Il soufflait dans les fabriques, et particulièrement dans celle de M. Daubré, comme un vent de révolte. Quelques personnes sages conseillaient au riche manufacturier de solliciter l'élargissement de Gendoux, ou du moins, si son affaire devait être jugée, de s'entendre avec lui pour sa défense. C'était le meilleur moyen de calmer l'irritation des esprits.

Il se résolut donc à tenter cette démarche, quoi qu'il en coûtât à sa dignité de patron offensé. Il espérait ainsi gagner la reconnaissance de Gendoux, qu'il savait être un brave cœur, incapable de fausseté ou d'ingratitude.

Depuis son incarcération, Gendoux avait laissé pousser sa barbe, ce qui imprimait à son visage hâve et vieilli quelque chose d'inculte, de sauvage.

Thérèse était auprès de lui. Elle semblait une ombre. Sa bouche triste, son regard abattu, désespéré, accusaient une de ces douleurs si complètes qu'elles attendrissent les âmes les plus rebelles à la pitié.

À la vue de ces deux vieillards si malheureux et si dignes, M. Daubré s'arrêta sur le seuil de la cellule, saisi d'une sorte de respect.

Il avait préparé un préambule sévère; mais il ne trouva que de la commisération pour cette navrante infortune.

Dans le commerce ordinaire de la vie, M. Daubré passait pour un excellent homme. Mais c'était un Flamand, un homme du Nord, froid, placide plutôt que bon. Incapable d'aucun effort pour secourir son semblable, il avait cette bonté neutre, cette passivité qui n'est le plus souvent qu'une forme de l'égoïsme.

Gendoux, qui le connaissait bien, ne se méprit pas sur cette démarche; il le reçut avec défiance.

Thérèse sortit.