—Vous trouvez donc, monsieur Daubré, que parce qu'on souffre depuis vingt ans, c'est une raison pour souffrir sans se plaindre pendant vingt années encore?
—Oublions, Gendoux, ce qui s'est passé. Vous n'ignorez pas les rigueurs de la loi contre les coalitions, contre les chefs surtout. Vous allez être condamné à deux ou cinq années d'emprisonnement.
—Je le sais, répondit dédaigneusement le prisonnier.
—Il faut donc vous tirer de là; et c'est pourquoi je viens convenir avec vous d'un système de défense.»
Gendoux se tenait sur la réserve, car il pensait: Pour faire une semblable démarche, il faut qu'il ait besoin de moi.
«Un système de défense? dit-il. Mais je n'ai pas l'intention de me défendre. Je dirai la vérité, toute la vérité; les juges me condamneront selon leur conscience.
—Selon leur conscience? repartit M. Daubré. C'est là précisément qu'est le danger.
—Peu importe! Quel que soit leur jugement, je le subirai, j'y suis résolu.
—Il ne faut pas seulement penser à vous, Gendoux; il faut penser à votre femme, qui paraît si affectée de votre réclusion. N'avez-vous pas aussi des enfants sur lesquels rejaillirait votre condamnation?
—Ma condamnation! s'écria Gendoux avec sarcasme. Ah! plût à Dieu que ma famille ne fut jamais autrement déshonorée!