—C'est là une sévérité excessive.
—Je ne puis m'accoutumer à rougir.
—Certes, vous avez un caractère fort estimable, et vous méritez la considération dont vos camarades vous honorent. Cependant il ne faut pas outrer des sentiments bons en eux-mêmes, mais qui, poussés à l'extrême, deviennent de la cruauté.
—Il y a deux choses avec lesquelles on ne peut, on ne doit jamais transiger: c'est la justice et l'honneur.»
M. Daubré, interloqué par ce début, ne savait plus à quel sentiment s'adresser pour se faire écouter.
Mon ami, reprit-il avec beaucoup d'aménité, nous voulons vous sauver malgré vous. Je tiens à vous, vous le savez.
—Comment pouvez-vous tenir à moi, qui viens d'organiser une coalition contre vous? Je ne suis pour vous qu'une force de tant, pouvant produire une valeur de tant.
—Quel butor que cet homme! pensa M. Daubré, et que les maîtres de fabrique sont malheureux d'avoir à employer des gens pareils!
—Non, reprit Gendoux, c'est votre intérêt et non le mien qui vous amène ici. Mon arrestation a, je le sais, produit un mauvais effet parmi les camarades, et, pour apaiser les esprits, vous voudriez me rendre à la liberté.
—Ce que nous voulons tous, dit M. Daubré, c'est l'ordre, c'est la bonne harmonie entre les patrons et les ouvriers. Voyons, sur quels points portaient vos réclamations, et je verrai ce que je puis faire.