—Avec un homme qui me plairait, je serais toujours assez riche, dit Béatrix.
—Il faudrait au moins, reprit M. Borel, qu'il nous apportât quelques compensations. S'il obtenait un poste important dans une ambassade; ou seulement s'il était décoré....
—Mais son nom, répliqua vivement Béatrix, ne vaut-il pas mieux que toutes les décorations? Il appartient à l'une des plus anciennes familles de la Flandre. Il porte de gueules à bandes de sable avec un croissant d'or en pointe.
—Vous aurait-on enseigné le blason au couvent? demanda Bathilde avec un sourire d'ironie.
—Certainement, on nous en donne quelques notions; car c'est de l'histoire. N'est-il pas fort intéressant pour ces demoiselles, qui la plupart sont nobles, de connaître l'origine et les armes de leur famille?
—Alors je ne m'étonne plus, ma pauvre Béatrix, de ton enthousiasme pour M. de Lomas.
—Je ne suis pas non plus de ton avis, ma chère enfant, reprit M. Borel. En ma qualité de commerçant, je n'attache qu'une médiocre importance à la gloire nobiliaire. Je suis à cet égard un enfant de 89. Pour moi, le mérite personnel est tout. Ce n'est pas que je trouve M. de Lomas dépourvu de mérite; mais vous, Bathilde, qu'en pensez-vous?
—Oh! ma tante doit le trouver fort mal, dit aigrement Béatrix. Un homme qui va à la messe!
—Puisque vous me demandez mon avis, répondit Mlle Borel, je pense tout simplement que c'est un homme ruiné qui est à la poursuite d'une dot, et qui n'a ni valeur morale, ni valeur intellectuelle. Il faudrait précisément savoir, ma chère Béatrix, si, avant de songer à t'épouser, il allait à la messe.
—Peut-être bien, allégua Maxime, ne pratiquait-il pas autrefois avec autant de ferveur; mais il a toujours eu des sentiments chrétiens. À supposer qu'il aille un peu plus souvent à la messe pour plaire à Béatrix qu'il aime, le mal ne serait pas grand.