—Monsieur Borel, je mets mon éloquence à votre service, si jamais vous en aviez besoin.

—Oh! ces sortes d'affaires, je les traite moi-même.

Vous avez tort; soi-même on n'ose pas marchander, tandis qu'un tiers....

—Je ne marchande jamais.

—Mais enfin, vous les manquez quelquefois vos affaires, témoin cette petite femme de tout à l'heure. Ainsi, règle générale....

—Monsieur Renardet, le traité, le traité que vous vouliez me proposer tout à l'heure! interrompit Maxime avec impatience.

—Laissez-moi achever: règle générale, quand une femme résiste à un joli garçon qui l'aime et qui lui déclare son amour, il y a une raison pour cela. Cette raison, ce n'est pas toujours la vertu, c'est souvent l'occupation de la place par un autre amoureux. Ah! on connaît un peu son cœur féminin. Ça vous étonne, n'est-ce pas? J'entends rabâcher sans cesse: «Le cœur de la femme, quelle énigme!» Savez-vous pourquoi on ne conçoit rien à la femme? C'est que, la plupart du temps, ceux qui font ces sortes d'études ont un intérêt d'amour-propre à ne pas voir clair. Ainsi vous êtes resté convaincu que cette demoiselle était parfaitement incorruptible parce que vous-même n'aviez pu la corrompre. Cependant, mettez un instant de côté votre amour-propre et cherchez bien. N'en aimerait-elle pas un autre?»

Maxime contemplait Renardet avec stupéfaction.

«Dans son genre, se disait-il, cet être ignoble n'est pas sans quelque valeur.»

Mais, à cette dernière supposition, il sentit le rouge lui monter au visage. Si réellement elle avait joué la comédie de la vertu, et s'il avait été dupe! Il éprouvait, non pas de la jalousie, mais une vive souffrance de vanité. Néanmoins il ne se fut pas abaissé à faire des confidences à Renardet.