—Mais il y a le prêtre étranger, Monsieur le maire!
—Qu'il l'amène, la table est assez grande! Viens-tu, Goulven? Il faut que j'aille donner des signatures à la mairie, avant la messe....
Le maire expédia ses affaires, et entra dans son banc comme le dernier son tintait. Dans une stalle, faisant son action de grâce il y avait un prêtre en surplis, dont la tête grisonnante était tournée vers l'autel.
La messe commença; le recteur monta en chaire pour le prône, puis annonça à ses paroissiens qu'un prêtre du pays, absent depuis de longues années, demandait à leur dire quelques mots.
Il y eut un remous parmi les têtes chevelues et les coiffes blanches, une curiosité évidente, des murmures échangés.
Les yeux perçants du maire s'attachèrent sur le visage aux traits maigres et accusés du prêtre qui, les yeux baissés, suivaient le bedeau vers la chaire.
Il eut un battement de cœur.
—Goulven, murmura-t-il, poussant le coude de son fils, j'ai dans l'idée que c'est mon cousin Yves Ledu!
Goulven, vivement intéressé, regarda le prêtre qui, maintenant, apparaissait en chaire, et promenait sur l'auditoire deux yeux d'un bleu clair, en ce moment voilés par les larmes.
—C'est lui, j'en suis sûr! dit le maire, qui avait légèrement pâli.