Les murmures s'étaient tus, et chacun attendait avidement que le prêtre parlât.

Il commença, en langue bretonne, bien entendu, avec une légère hésitation, mais correctement, sans guère chercher ses mots:

«Mes frères,

»Ce mot, qui est doux à mes lèvres, est l'expression de la vérité. Vous n'êtes pas seulement mes frères comme fils de l'Église, ma Mère, mais encore parce que la même terre nous a enfantés, vous et moi; parce que nos yeux, en s'ouvrant à la lumière, ont vu les monts d'Arrez, et que c'est dans la même langue que nous avons dit notre première prière. J'ai été élevé parmi vous. Ceux qui, autour de moi, ont des cheveux gris, sont mes amis d'enfance.... Et votre recteur et moi, nous avons senti ensemble naître notre vocation. Si je vous ai quittés, c'est qu'on demandait des prêtres dans un pays stérile, qui n'en produit pas comme celui-ci. Vous autres, vous êtes fiers de donner à Dieu des fils qui reviennent vous évangéliser. Là-bas, «la moisson est grande, et il y a peu d'ouvriers.»

»J'avais fait à Dieu le sacrifice de mon pays. Il permet que je le revoie: qu'il soit béni! Mon cœur est gonflé de joie, et vous m'excuserez de parler imparfaitement la chère langue que, cependant, je n'ai pas oubliée, et dont les mots, je le sens, se presseront sur mes lèvres quand j'invoquerai Dieu sur mon lit de mort.

»J'étais votre ami, je reviens comme votre père, et puisqu'il m'est permis de vous parler, je veux vous dire le salut du bon Maître à ses disciples, à ses amis, quand, après avoir disparu à leurs yeux dans la mort, il se montra de nouveau à eux: «La paix soit avec vous!»

»La paix, c'est le premier des biens. Je vous souhaite, du fond de mon cœur profondément ému, d'abord la paix avec Dieu, dans sa grâce, dans la soumission à sa volonté, dans l'acceptation du travail et des peines, dans la fréquentation des saints sacrements.

»Puis la paix dans vos familles. Qu'aucun sentiment amer, qu'aucune idée de vengeance ou de rancune ne vienne altérer cette union que Dieu a voulue, dont il a donné l'exemple dans la sainte maison de Nazareth, et dont il fait la condition de l'avenir même des races et des familles: «Toute maison divisée contre elle-même périra», parce que dans la division il y a un germe de mort pour les foyers aussi bien que pour les âmes.

»Enfin, la paix avec vous-mêmes, dans l'intime de votre conscience, la paix qui ne peut régner que dans les cœurs soumis à la loi de Dieu, à la loi d'amour, dans les cœurs qui ont rejeté toute amertume, tout ressentiment.

»Et si, dit Notre-Seigneur, faisant votre offrande à l'autel, vous vous souvenez que votre frère a quelque chose contre vous, laissez là votre offrande devant l'autel, et allez vous réconcilier auparavant avec votre frère; ensuite, vous reviendrez faire votre offrande.»