«Et, après cette vie ainsi écoulée dans la paix du Seigneur, celui qui n'est qu'un passant parmi vous, mais dont la pensée habite vos montagnes, vous souhaite la lumière et la paix sans fin du paradis!»

Il y avait des pleurs étouffés dans l'humble assemblée. Ces âmes primitives avaient senti passer un grand souffle d'amour, ces rudes natures avaient vibré sous le choc de cette émotion profonde. Le nom du curé circulait déjà parmi la foule, et quand la grand'messe finit, la petite sacristie fut envahie par tous ceux qui voulaient lui parler et lui serrer la main.

Et le maire?

Les premières paroles du prêtre avaient été droit à son cœur de Breton. Puis, soudain, il avait été atteint en pleine conscience par ces paroles de paix qui lui semblaient dites pour lui. Une révolte se mêlait singulièrement au remords mal assoupi qu'elles éveillaient. Après tout, il avait pardonné à son frère, puisqu'il lui avait jadis envoyé de l'argent! Le revoir n'était pas une obligation: il était si sûr qu'ils ne pouvaient plus s'entendre! Cependant, les paroles du livre divin étaient formelles: il n'était pas commandé de faire un don à son frère, de lui accorder un pardon fictif, mais d'aller, et de se réconcilier avec lui....

Le trouble de ses pensées et le ressentiment qu'il éprouvait contre le curé retinrent son élan. Il attendit que les paysans eussent quitté la sacristie, et s'avança alors, non sans une certaine répugnance, suivi de son fils.

Mais quand il vit briller de bonheur les yeux clairs qui, dans ce visage vieilli, demeuraient les mêmes qu'il se rappelait éclairant une figure d'enfant, quelque chose en lui se fondit tout à coup, et il oublia son impression désagréable pour tomber dans les bras de son ami.

—Ainsi, après tant d'années, tu arrives sans crier gare! Et tu ne viens pas d'abord chez moi!

—Il y avait ma messe.... Mais je suis si heureux, Alain, je vais revoir le Coatlanguy avec tant de bonheur!

—Voici mon fils Goulven.... Tu vas voir sa femme, Loïzik Le Braz, ta nièce aussi.... Si tu restes quelques jours, je te ferai faire la connaissance de mon fils, le notaire. Et puisque tu n'as pas trouvé le moyen de venir marier ce garçon-là, il faudra que tu t'arranges pour faire un baptême, si Dieu bénit notre foyer.

—Ah! j'en serais trop heureux, mon ami!... Goulven ressemble à sa défunte mère.... Oui, oui, j'aimerais à revenir; mais les voyages coûtent cher....