Landry resta silencieux. Elle reprit, songeuse:

—Je crois que mon oncle ne lui a pas pardonné d'avoir quitté le pays. Il ne veut jamais parler de lui; il est très bon; cependant il est obstiné, parfois violent. Mais mon père, je l'ai su par son camarade de collège, M. de Kermaïdic, avait une âme d'artiste; il souffrait, lui aussi, d'être enchaîné à des devoirs obscurs et fastidieux; la présence de la jeune femme qu'il aimait eût pu seule l'y résigner....

Elle fit encore une pause.

—J'ai trouvé un jour dans un vieux bahut, dit-elle, des dessins de lui.... Il n'avait jamais pris d'autres leçons que celles du collège, et je suppose que cela n'a pas de valeur...

—Voudrez-vous me montrer ces dessins? demanda Landry ardemment.

Elle fit signe que oui.

—Et il est mort jeune?

—Depuis que j'ai commencé à comprendre, mon oncle m'a répété que je n'ai d'autre parent que lui.

—Pauvre petite!...

Un léger brouillard flottait sur le petit cimetière, et adoucissait les lignes rudes des croix de pierre brute. Il y avait sur presque toutes les tombes des bouquets rustiques, et les femmes en capes de deuil se glissaient comme des ombres dans les étroits sentiers. Landry s'imagina qu'une communication mystérieuse s'établissait entre lui et les âmes des parents de Léna, qu'elles erraient à son côté, qu'elles lui confiaient ce jeune cœur isolé, cette vie si tôt privée de ses appuis, de ses tendresses.