«Vous avez un mauvais frère, dit-elle à Fortunée, j'ai vu avec quelle inhumanité il vous a jetée ici; voulez-vous que je vous venge?

—Non, madame, lui dit-elle, je ne suis point capable de me fâcher, et son mauvais naturel ne peut changer le mien.

—Mais, ajouta la reine, j'ai un pressentiment qui m'assure que ce gros laboureur n'est pas votre frère; qu'en pensez-vous?

—Toutes les apparences me persuadent qu'il l'est, madame, répliqua modestement la bergère, et je dois les en croire.

—Quoi! continua la reine, n'avez-vous pas entendu dire que vous êtes née princesse?

—On me l'a dit depuis peu, répondit-elle, cependant oserais-je me vanter d'une chose dont je n'ai aucune preuve?

—Ha, ma chère enfant, ajouta la reine, que je vous aime de cette humeur! je connais à présent que l'éducation obscure que vous avez reçue n'a point étouffé la noblesse de votre sang. Oui, vous êtes princesse, et il n'a pas tenu à moi de vous garantir des disgrâces que vous avez éprouvées jusqu'à cette heure.»

Elle fut interrompue en cet endroit par l'arrivée d'un jeune adolescent plus beau que le jour; il était habillé d'une longue veste mêlée d'or et de soie verte, rattachée par de grandes boutonnières d'émeraudes, de rubis et de diamants; il avait une couronne d'œillets, ses cheveux couvraient ses épaules. Aussitôt qu'il vit la reine, il mit un genou en terre, et la salua respectueusement.

«Ha! mon fils, mon aimable Œillet, lui dit-elle, le temps fatal de votre enchantement vient de finir, par le secours de la belle Fortunée: quelle joie de vous voir!»

Elle le serra étroitement entre ses bras; et se tournant ensuite vers la bergère: