Au bout d'un moment il entendit soupirer et sangloter; il regarda de tous côtés, il aperçut un homme qui courait, qui s'arrêtait, qui criait, qui se taisait, qui s'arrachait les cheveux, qui se meurtrissait de coups; il ne douta point que ce ne fût quelque malheureux insensé. Il lui parut bien fait et jeune; ses habits avaient été magnifiques, mais ils étaient tout déchirés. Le prince, touché de compassion, l'aborda:

«Je vous vois dans un état, lui dit-il, si pitoyable, que je ne peux m'empêcher de vous en demander le sujet, en vous offrant mes services.

—Ah! seigneur, répondit ce jeune homme, il n'y a plus de remède à mes maux: c'est aujourd'hui que ma chère maîtresse va être sacrifiée à un vieux jaloux qui a beaucoup de bien, mais qui la rendra la plus malheureuse personne du monde!

—Elle vous aime donc? dit Léandre.

—Je puis m'en flatter, répliqua-t-il.

—Et dans quel lieu est-elle? continua le prince.

—Dans un château au bout de cette forêt, répondit l'amant.

—Hé bien, attendez-moi, dit encore Léandre, je vous en donnerai de bonnes nouvelles avant qu'il soit peu.»

En même temps il mit le petit chapeau rouge, et se souhaita dans le château. Il n'y était pas encore qu'il entendit l'agréable bruit de la symphonie. En arrivant, tout retentissait de violons et d'instruments. Il entre dans un grand salon rempli des parents et des amis du vieillard et de la jeune demoiselle: rien n'était plus aimable qu'elle; mais la pâleur de son teint, la mélancolie qui paraissait sur son visage et les larmes qui lui couvraient les yeux de temps en temps marquaient assez sa peine.

Léandre était alors Lutin, il resta dans un coin pour connaître une partie de ceux qui étaient présents. Il vit le père et la mère de cette jolie fille, qui la grondaient tout bas de la mauvaise mine qu'elle faisait; ensuite ils retournèrent à leur place. Lutin se mit derrière la mère, et s'approchant de son oreille, il lui dit: