—Je consens à tout ce que vous souhaitez, charmante Gentille, s'écria la fée. Venez, mes enfants, venez entre mes bras recevoir l'assurance de mon amitié.»
À ces mots elle embrassa la princesse et son amant. La fée Gentille, ravie de joie, et toute la troupe commencèrent les chants d'hyménée; et la douceur de cette symphonie ayant réveillé toutes les nymphes du palais, elles accoururent avec de légères robes de gaze pour apprendre ce qui se passait.
Quelle agréable surprise pour Abricotine! Elle eut à peine jeté les yeux sur Léandre qu'elle le reconnut, et, lui voyant tenir la main de la princesse, elle ne douta point de leur commun bonheur. C'est ce qui lui fut confirmé lorsque la mère fée dit qu'elle voulait transporter l'île des Plaisirs tranquilles, le château et toutes les merveilles qu'il renfermait, dans le royaume de Léandre; qu'elle y demeurerait avec eux et qu'elle leur ferait encore de plus grands biens.
«Quelque chose que votre générosité vous inspire, madame, lui dit le roi, il est impossible que vous puissiez me faire un présent qui égale celui que je reçois aujourd'hui; vous me rendez le plus heureux de tous les hommes, et je sens bien que j'en suis aussi le plus reconnaissant.»
Ce petit compliment plut fort à la fée: elle était du vieux temps, où l'on complimentait tout un jour sur le pied d'une mouche.
Comme Gentille pensait à tout, elle avait fait transporter, par la vertu de Brelic-breloc, les généraux et les capitaines de l'armée de Furibon au palais de la princesse, afin qu'ils fussent témoins de la galante fête qui allait se passer. Elle en prit soin en effet; et cinq ou six volumes ne suffiraient point pour décrire les comédies, les opéras, les courses de bagues, les musiques, les combats de gladiateurs, les chasses et les autres magnificences qu'il y eut à ces charmantes noces. Le plus singulier de l'aventure, c'est que chaque nymphe trouva parmi les braves que Gentille avait attirés dans ces beaux lieux un époux aussi passionné que s'ils s'étaient vus depuis dix ans. Ce n'était néanmoins qu'une connaissance au plus de vingt-quatre heures; mais la petite baguette produit des effets encore plus extraordinaires.
[La Grenouille bienfaisante]
Il était une fois un roi, qui soutenait depuis longtemps une guerre contre ses voisins. Après plusieurs batailles, on mit le siège devant sa ville capitale; il craignit pour la reine, et la voyant grosse, il la pria de se retirer dans un château qu'il avait fait fortifier, et où il n'était jamais allé qu'une fois. La reine employa les prières et les larmes pour lui persuader de la laisser auprès de lui; elle voulait partager sa fortune, et jeta les hauts cris lorsqu'il la mit dans son chariot pour la faire partir; cependant il ordonna à ses gardes de l'accompagner, et lui promit de se dérober le plus secrètement qu'il pourrait pour l'aller voir: c'était une espérance dont il la flattait; car le château était fort éloigné, environné d'une épaisse forêt, et à moins d'en savoir bien les routes, l'on n'y pouvait arriver.
La reine partit, très attendrie de laisser son mari dans les périls de la guerre; on la conduisait à petites journées, de crainte qu'elle ne fût malade de la fatigue d'un si long voyage; enfin elle arriva dans son château, bien inquiète et bien chagrine. Après qu'elle se fut assez reposée, elle voulut se promener aux environs, et elle ne trouvait rien qui pût la divertir; elle jetait les yeux de tous côtés; elle voyait de grands déserts qui lui donnaient plus de chagrins que de plaisirs; elle les regardait tristement, et disait quelquefois: