«Babiole, belle Babiole, où êtes-vous?»

Il entendit une voix, dont la douceur semblait réjouir l'onde: cette voix lui dit:

«Avance, et tu sauras où elle est.»

À ces mots, le prince aussi téméraire qu'amoureux, donne deux coups d'éperons à Criquetin, il nage et trouve un gouffre où l'eau plus rapide se précipitait, il tomba jusqu'au fond, bien persuadé qu'il s'allait noyer.

Il arriva heureusement chez le bonhomme Biroqua, qui célébrait les noces de sa fille avec un fleuve des plus riches et des plus graves de la contrée; toutes les déités poissonneuses étaient dans sa grotte; les tritons et les sirènes y faisaient une musique agréable, et la rivière Biroquie, légèrement vêtue, dansait les olivettes avec la Seine, la Tamise, l'Euphrate et le Gange, qui étaient assurément venus de fort loin pour se divertir ensemble. Criquetin, qui savait vivre, s'arrêta fort respectueusement à l'entrée de la grotte, et le prince qui savait encore mieux vivre que son cheval, faisant une profonde révérence, demanda s'il était permis à un mortel comme lui de paraître au milieu d'une si belle troupe.

Biroqua prit la parole, et répliqua d'un air affable qu'il leur faisait honneur et plaisir.

«Il y a quelques jours que je vous attends, seigneur, continua-t-il, je suis dans vos intérêts, et ceux de l'infante me sont chers: il faut que vous la retiriez du lieu fatal où la vindicative Fanferluche l'a mise en prison, c'est dans une bouteille.

—Ah! que me dites-vous, s'écria le prince, l'infante est dans une bouteille?

—Oui, dit le sage vieillard, elle y souffre beaucoup: mais je vous avertis, seigneur, qu'il n'est pas aisé de vaincre les géants et les dragons qui la gardent, à moins que vous ne suiviez mes conseils. Il faut laisser ici votre bon cheval, et que vous montiez sur un dauphin ailé que je vous élève depuis longtemps.»

Il fit venir le dauphin sellé et bridé, qui faisait si bien des voltes et courbettes, que Criquetin en fut jaloux.