Le premier écuyer les alla chercher, et ne les trouva point; mais sachant le plaisir que le roi aurait de les voir, il laissa un de ses gentilshommes pour les attendre, afin de les amener sans aucun retardement. Cet heureux jour venu, qui était celui du grand banquet, Belle-Étoile et les trois princes arrivèrent; le gentilhomme leur apprit l'histoire du roi, comme il avait autrefois épousé une pauvre fille, parfaitement belle et sage, qui avait eu le malheur d'accoucher de trois chiens; qu'il l'avait chassée pour ne la plus voir; que, cependant, il l'aimait tant, qu'il avait passé quinze ans sans vouloir écouter aucune proposition de mariage; que la reine-mère et ses sujets l'ayant fortement pressé, il s'était résolu à épouser une princesse de la cour, et qu'il fallait promptement y venir pour assister à toute la cérémonie.

En même temps Belle-Étoile prit une robe de velours, couleur de rose, toute garnie de diamants brillants; elle laissa tomber ses cheveux par grosses boucles sur les épaules; ils étaient renoués de rubans, l'étoile qu'elle avait sur le front jetait beaucoup de lumière, et la chaîne d'or qui tournait autour de son cou, sans qu'on la pût ôter, semblait être d'un métal plus précieux que l'or même. Enfin jamais rien de si beau ne parut aux yeux des mortels. Ses frères n'étaient pas moins bien, entre autres le prince Chéri; il avait quelque chose qui le distinguait très avantageusement. Ils montèrent tous quatre dans un chariot d'ébène et d'ivoire, dont le dedans était de drap d'or, avec des carreaux de même, brodés de pierreries; douze chevaux blancs le traînaient: le reste de leur équipage était incomparable. Lorsque Belle-Étoile et ses frères parurent, le roi ravi les vint recevoir avec toute sa cour, au haut de l'escalier. La pomme qui chante se faisait entendre d'une manière merveilleuse, l'eau qui danse, dansait, et le petit oiseau qui dit tout, parlait mieux que les oracles: ils se baissèrent tous quatre jusqu'aux genoux du roi, et lui prenant la main, ils la baisèrent avec autant de respect que d'affection. Il les embrassa, et leur dit:

«Je vous suis obligé, aimables étrangers, d'être venus aujourd'hui; votre présence me fait un plaisir sensible.»

En achevant ces mots, il entra avec eux dans un grand salon, où les musiciens jouaient de toutes sortes d'instruments, et plusieurs tables servies splendidement ne laissaient rien à souhaiter pour la bonne chère.

La reine-mère vint, accompagnée de sa future belle-fille, de l'amirale Rousse, et de toutes les dames, entre lesquelles on amenait la pauvre reine, liée par le cou, avec une longe de cuir, et les trois chiens attachés de même. On la fit avancer jusqu'au milieu du salon, où était un chaudron plein d'os et de mauvaises viandes, que la reine-mère avait ordonnés pour leur dîner.

Quand Belle-Étoile et les princes la virent si malheureuse, bien qu'ils ne la connussent point, les larmes leur vinrent aux yeux, soit que la révolution des grandeurs du monde les touchât, ou qu'ils fussent émus par la force du sang qui se fait souvent ressentir. Mais que pensa la mauvaise reine d'un retour si peu espéré et si contraire à ses desseins? Elle jeta un regard furieux sur Feintise, qui désirait ardemment alors que la terre s'ouvrît pour s'y précipiter.

Le roi présenta les beaux enfants à sa mère, lui disant mille biens d'eux; et malgré l'inquiétude dont elle était saisie, elle ne laissa pas de leur parler avec un air riant, et de leur jeter des regards aussi favorables que si elle les eût aimés, car la dissimulation était en usage dès ce temps-là. Le festin se passa fort gaiement, quoique le roi eût une extrême peine de voir manger sa femme avec ses doguins, comme la dernière des créatures; mais ayant résolu d'avoir de la complaisance pour sa mère, qui l'obligeait à se remarier, il la laissait ordonner de tout.

Sur la fin du repas, le roi adressant la parole à Belle-Étoile:

«Je sais, lui dit-il, que vous êtes en possession de trois trésors qui sont incomparables; je vous en félicite, et je vous prie de nous raconter ce qu'il a fallu faire pour les conquérir.

—Sire, dit-elle, je vous obéirai avec plaisir: l'on m'avait dit que l'eau qui danse me rendrait belle, et que la pomme qui chante me donnerait de l'esprit; j'ai souhaité les avoir par ces deux raisons. À l'égard du petit oiseau Vert qui dit tout, j'en ai eu une autre; c'est que nous ne savons rien de notre fatale naissance: nous sommes des enfants abandonnés de nos proches, qui n'en connaissons aucun; j'ai espéré que ce merveilleux oiseau nous éclaircirait sur une chose qui nous occupe jour et nuit.