«Ce jour-ci est trop célèbre, dit-elle, pour vous rien refuser.»
En même temps elle frappe trois fois le Rameau d'Or, et tous ceux qui avaient été retenus dans le château parurent; chacun sous sa forme naturelle y retrouva sa maîtresse. La fée, libérale, voulant que tout se ressentît de la fête, leur donna l'armoire du donjon à partager entre eux. Ce présent valait plus que dix royaumes de ce temps-là. Il est aisé d'imaginer leur satisfaction et leur reconnaissance. Bénigne et Trasimène achevèrent ce grand ouvrage par une générosité qui surpassait tout ce qu'ils avaient fait jusqu'alors, déclarant que le palais et le jardin du Rameau d'Or seraient à l'avenir au roi Sans-Pair et à la reine Brillante; cent autres rois en étaient tributaires et cent royaumes en dépendaient.
Lorsqu'une fée offrait son secours à Brillante,
Qui ne l'était pas trop pour lors;
Elle pouvait, d'une beauté charmante,
Demander les rares trésors;
C'est une chose bien tentante!
Je n'en veux prendre pour témoins,
Que les embarras et les soins.
Dont pour la conserver le sexe se tourmente.
Mais Brillante n'écouta pas
Le désir séducteur d'obtenir des appas;
Elle aima mieux avoir l'esprit et l'âme belle:
Les roses et les lis d'un visage charmant,
Comme les autres fleurs, passent en un moment,
Et l'âme demeure immortelle.
[Le Pigeon et la Colombe]
Il était une fois un roi et une reine qui s'aimaient si chèrement, que cette union servait d'exemple dans toutes les familles; et l'on aurait été bien surpris de voir un ménage en discorde dans leur royaume. Il se nommait le royaume des Déserts.
La reine avait eu plusieurs enfants; il ne lui restait qu'une fille, dont la beauté était si grande, que si quelque chose pouvait la consoler de la perte des autres, c'était les charmes que l'on remarquait dans celle-ci. Le roi et la reine l'élevaient comme leur unique espérance; mais le bonheur de la famille royale dura peu. Le roi étant à la chasse sur un cheval ombrageux, il entendit tirer quelques coups; le bruit et le feu l'effrayèrent, il prit le mors aux dents, il partit comme un éclair; il voulut l'arrêter au bord d'un précipice; il se cabra, et s'étant renversé sur lui, la chute fut si rude qu'il le tua avant qu'on fût en état de le secourir.
Des nouvelles si funestes réduisirent la reine à l'extrémité: elle ne put modérer sa douleur; elle sentit bien qu'elle était trop violente pour y résister, et elle ne songea plus qu'à mettre ordre aux affaires de sa fille, afin de mourir avec quelque sorte de repos. Elle avait une amie qui s'appelait la fée Souveraine, parce qu'elle avait une grande autorité dans tous les empires, et qu'elle était fort habile. Elle lui écrivit, d'une main mourante, qu'elle souhaitait de rendre les derniers soupirs entre ses bras; qu'elle se hâtât de venir, si elle voulait la trouver en vie, et qu'elle avait des choses de conséquence à lui dire.
Quoique la fée ne manquât pas d'affaires, elle les quitta toutes, et montant sur son chameau de feu, qui allait plus vite que le soleil, elle arriva chez la reine, qui l'attendait impatiemment; elle lui parla de plusieurs choses qui regardaient la régence du royaume, la priant de l'accepter et de prendre soin de la petite princesse Constancia.
«Si quelque chose, ajouta-t-elle, peut soulager l'inquiétude que j'ai de la laisser orpheline dans un âge si tendre, c'est l'espérance que vous me donnerez en sa personne des marques de l'amitié que vous avez toujours eue pour moi; qu'elle trouvera en vous une mère qui peut la rendre bien plus heureuse et plus parfaite que je n'aurais fait, et que vous lui choisirez un époux assez aimable pour qu'elle n'aime jamais que lui.