Mirtain ne manqua pas de chercher une occasion de parler à Constancia.
«Qu'avez-vous, belle bergère? lui dit-il. Vous paraissez mélancolique malgré toutes les raisons que vous avez d'être plus gaie qu'une autre?
—Et quels sujets de joie me trouvez-vous, lui dit-elle; je suis réduite à garder des moutons; éloignée de mon pays, je n'ai aucunes nouvelles de mes parents, tout cela est-il fort agréable?
—Non, répliqua-t-il, mais vous êtes la plus aimable personne du monde, vous avez beaucoup d'esprit, vous chantez d'une manière ravissante, et rien ne peut égaler votre beauté.
—Quand je posséderais tous ces avantages, ils me toucheraient peu, dit-elle, en poussant un profond soupir.
—Quoi donc, ajouta Mirtain, vous avez de l'ambition, vous croyez qu'il faut être née sur le trône et du sang des dieux, pour vivre contente? Ah! détrompez-vous de cette erreur, je suis au prince Constancio, et malgré l'inégalité de nos conditions, je ne laisse pas de l'approcher quelquefois, je l'étudie, je pénètre ce qui se passe dans son âme, et je sais qu'il n'est point heureux.
—Hé! qui trouble son repos? dit la princesse.
—Une passion fatale, continua Mirtain.
—Il aime, reprit-elle d'un air inquiet, hélas! que je le plains! mais que dis-je? continua-t-elle en rougissant. Il est trop aimable pour n'être pas aimé.
—Il n'ose s'en flatter, belle bergère, dit-il; et si vous vouliez bien le mettre en repos là-dessus, il ajouterait plus de foi à vos paroles qu'à aucune autre.