Les reproches de Mirtain faisaient plaisir à Constancia, elle était ravie qu'il la pressât de voir le prince: ce n'était que pour se procurer cette satisfaction, qu'elle s'était vantée de savoir un remède propre à le soulager, car il est vrai qu'elle n'en avait aucun.

Mirtain se rendit auprès de lui; il lui conta ce que la bergère avait dit, et avec quelle ardeur elle souhaitait le retour de sa santé. «Tu cherches à me flatter, lui dit Constancio, mais je te le pardonne, et je voudrais (dussé-je être trompé) pouvoir penser que cette belle fille a quelque amitié pour moi. Va chez la reine, dis-lui qu'une de ses bergères a un secret merveilleux, qu'elle pourra me guérir, obtiens permission de l'amener: cours, vole, Mirtain, les moments vont me paraître des siècles.»

La reine n'avait pas encore vu la bergère quand Mirtain lui en parla; elle dit qu'elle n'ajoutait point foi à ce que de petites ignorantes se piquaient de savoir, et que c'était là une folie.

«Certainement, madame, lui dit-il, l'on peut quelquefois trouver plus de soulagement dans l'usage des simples que dans tous les livres d'Esculape. Le prince souffre tant, qu'il souhaite d'éprouver tout ce que cette jeune fille propose.

—Volontiers, dit la reine; mais si elle ne le guérit pas, je la traiterai si rudement qu'elle n'aura plus l'audace de se vanter mal à propos.»

Mirtain retourna vers son maître, il lui rendit compte de la mauvaise humeur de la reine, et qu'il en craignait les effets pour Constancia.

«J'aimerais mieux mourir, s'écria le prince; retourne sur tes pas, dis à ma mère que je la prie de laisser cette belle fille auprès de ses innocentes brebis: quel paiement, continua-t-il, pour la peine qu'elle prendrait! je sens que cette idée redouble mon mal.»

Mirtain courut chez la reine, lui dire de la part du prince de ne point faire venir Constancia; mais comme elle était naturellement fort prompte, elle se mit en colère de ses irrésolutions:

«Je l'ai envoyé quérir, dit-elle: si elle guérit mon fils, je lui donnerai quelque chose; si elle ne le guérit pas, je sais ce que j'ai à faire. Retournez auprès de lui, et tâchez de le divertir, il est dans une mélancolie qui me désole.»

Mirtain lui obéit, et se garda bien de dire à son maître la mauvaise humeur où il l'avait trouvée, car il serait mort d'inquiétude pour sa bergère.