Le roi lui dit qu'elle était trop vindicative, et qu'il ne pouvait s'empêcher d'avoir regret à la plus belle fille qu'il eût jamais vue:
«Vraiment, répliqua-t-elle, je vous conseille de l'aimer, et de répandre des larmes pour sa mort, comme l'indigne Constancio en répand pour son absence.»
Cependant Constancia fut à peine dans la forêt, qu'elle se vit entourée d'éléphants: ces horribles colosses, ravis de voir le beau mouton qui marchait plus hardiment que sa maîtresse, le caressaient aussi doucement avec leurs formidables trompes, qu'une dame aurait pu le faire avec sa main; la princesse avait tant de peur que les éléphants ne séparassent ses intérêts d'avec ceux de Ruson, qu'elle le prit entre ses bras quoiqu'il fût déjà lourd: de quelque côté qu'elle se tournât, elle le leur montrait toujours; ainsi elle s'avançait diligemment vers le palais de cette inaccessible vieille.
Elle y parvint avec beaucoup de crainte et de peine: ce lui parut fort négligé; la fée qui l'habitait ne l'était pas moins: elle cachait une partie de son étonnement de la voir chez elle, car il y avait bien longtemps qu'aucunes créatures n'avaient pu y parvenir.
«Que demandez-vous, la belle fille?» lui dit-elle.
La princesse lui fit humblement les recommandations de la reine, et la pria de sa part de lui envoyer la ceinture d'amitié:
«Elle ne sera pas refusée, dit-elle; sans doute c'est pour vous.
—Je ne sais point, madame, répliqua-t-elle.
—Oh! pour moi, je le sais bien.»
Et prenant dans sa cassette une ceinture de velours bleu, d'où pendaient de longs cordons pour mettre une bourse, des ciseaux et un couteau, elle lui fit ce beau présent: