«Tenez, lui dit-elle, cette ceinture vous rendra tout aimable, pourvu que vous la mettiez aussitôt que vous serez dans la forêt.»
Après que Constancia l'eut remerciée, elle se chargea de Ruson qui lui était plus nécessaire que jamais; les éléphants lui firent fête, et la laissèrent passer malgré leur inclination dévorante: elle n'oublia pas de mettre la ceinture d'amitié autour d'un arbre; en même temps il se prit à brûler, comme s'il eût été dans le plus grand feu du monde; elle en ôta la ceinture, et fut la porter ainsi d'arbre en arbre, jusqu'à ce qu'elle ne les brûlât plus; ensuite elle arriva au palais, fort lasse.
Quand la reine la vit, elle demeura si surprise, qu'elle ne put s'en taire.
«Vous êtes une friponne, lui dit-elle; vous n'avez point été chez mon amie la fée?
—Vous me pardonnerez, madame, répondit la belle Constancia, je vous rapporte la ceinture d'amitié que je lui ai demandée de votre part.
—Ne l'avez-vous pas mise? ajouta la reine.
—Elle est trop riche pour une pauvre bergère comme moi, répliqua-t-elle.
—Non, non, dit la reine, je vous la donne pour votre peine, ne manquez pas de vous en parer. Mais, dites-moi, qu'avez-vous rencontré sur le chemin?
—J'ai vu, dit-elle, des éléphants si spirituels, et qui ont tant d'adresse, qu'il n'y a point de pays où l'on ne prît plaisir à les voir; il semble que cette forêt est leur royaume, et qu'il y en a entre eux de plus absolus les uns que les autres.»
La reine était bien chagrine, et ne disait pas tout ce qu'elle pensait; mais elle espérait que la ceinture brûlerait la bergère, sans que rien au monde pût l'en garantir. «Si les éléphants t'ont fait grâce, disait-elle tout bas, la ceinture me vengera: tu verras, malheureuse, quelle amitié j'ai pour toi, et le profit que tu recevras d'avoir su plaire à mon fils!»