Comme elle parlait ainsi en elle-même, elle aperçut une grande lueur dans sa chambre, et reconnut près de son lit la fée qui était sortie du tronc d'un arbre dans le bois, qui lui dit:
«Ô reine! pourquoi ne veux-tu pas me croire? Ne t'ai-je pas assurée que tu recevras beaucoup de satisfaction de ton Marcassin? Doutes-tu de ma sincérité?
—Hé! qui n'en douterait, dit-elle; je n'ai encore rien vu qui réponde à la moindre de vos paroles! Que ne me laissiez-vous le reste de ma vie sans héritier, plutôt que de m'en faire avoir un comme celui-là?
—Nous sommes trois soeurs, répliqua la fée; il y en a deux bonnes, l'autre gâte presque toujours le bien que nous faisons: c'est elle que tu vis rire lorsque tu dormais; sans nous, tes peines seraient encore plus longues, mais elles auront un terme.
—Hélas! ce sera par la fin de ma vie, ou par celle de mon Marcassin! dit la reine.
—Je ne puis t'en instruire, reprit la fée; il m'est seulement permis de te soulager par quelque espérance.»
Aussitôt elle disparut. La chambre demeura parfumée d'une odeur agréable, et la reine se flatta de quelque changement favorable.
Marcassin prit le grand deuil: il passa bien des jours enfermé dans son cabinet, et griffonna plusieurs cahiers, qui contenaient de sensibles regrets pour la perte qu'il avait faite; il voulut même que l'on gravât ces vers sur le tombeau de sa femme:
Destin rigoureux, loi cruelle!
Ismène, tu descends dans la nuit éternelle:
Tes yeux, dont tous les coeurs devaient être charmés,
Tes yeux sont pour jamais fermés.
Destin rigoureux, loi cruelle!
Ismène, tu descends dans la nuit éternelle.
Tout le monde fut surpris qu'il conservât un souvenir si tendre pour une personne qui lui avait témoigné tant d'aversion. Il entra peu à peu dans la société des dames, et fut frappé des charmes de Zélonide: c'était la soeur d'Ismène, qui n'était pas moins agréable qu'elle, et qui lui ressemblait beaucoup; cette ressemblance le flatta. Lorsqu'il l'entretint, il lui trouva de l'esprit et de la vivacité; il crut que si quelque chose pouvait le consoler de la perte d'Ismène, c'était la jeune Zélonide. Elle lui faisait mille honnêtetés, car il ne lui entrait pas dans l'esprit qu'il voulût l'épouser; mais cependant il en prit la résolution. Et un jour que la reine était seule dans son cabinet, il s'y rendit avec un air plus gai qu'à son ordinaire: