—Ô source d'amour-propre! s'écria la reine, de quelque côté qu'on jette les yeux, on en trouve toujours. Oui, mon fils, vous êtes beau, vous êtes joli, je vous conseille encore de donner pension à ceux qui vous en assurent.

—Madame, dit Marcassin, je n'ignore point mes disgrâces; j'y suis peut-être plus sensible qu'un autre; mais je ne suis point le maître de me faire ni plus grand ni plus droit; de quitter ma hure de sanglier pour prendre une tête d'homme, ornée de longs cheveux: je consens qu'on me reprenne sur la mauvaise humeur, l'inégalité, l'avarice, enfin sur toutes les choses qui peuvent se corriger: mais à l'égard de ma personne, vous conviendrez, s'il vous plaît, que je suis à plaindre, et non pas à blâmer.»

La reine voyant qu'il se chagrinait, lui dit que puisqu'il était si entêté de se marier, il pouvait voir Zélonide, et prendre des mesures avec elle.

Il avait trop envie de finir la conversation, pour demeurer davantage avec sa mère. Il courut chez Zélonide: il entra sans façon dans sa chambre; et l'ayant trouvée dans son cabinet, il l'embrassa, et lui dit:

«Ma petite soeur, je viens t'apprendre une nouvelle, qui sans doute ne te déplaira pas; je veux te marier.

—Seigneur, lui dit-elle, quand je serai mariée de votre main, je n'aurai rien à souhaiter.

—Il s'agit, continua-t-il, d'un des plus grands seigneurs du royaume; mais il n'est pas beau.

—N'importe, dit-elle, ma mère a tant de dureté pour moi, que je serai trop heureuse de changer de condition.

—Celui dont je te parle, ajouta le prince, me ressemble beaucoup.

Zélonide le regarda avec attention, et parut étonnée.