—Vous avez raison, seigneur, répliqua la maligne vieille, il faut vous satisfaire; si elles sont mécontentes, c'est qu'elles ne connaissent point leurs véritables avantages.»

Elle fortifia si fort Marcassin, qu'il lui dit que c'était donc une chose résolue, et qu'il serait sourd aux larmes et aux prières de Zélonide. Il retourna chez lui choisir tout ce qu'il avait de plus magnifique, et l'envoya à sa maîtresse. Comme sa mère était présente lorsqu'on lui offrit des corbeilles d'or remplies de bijoux, elle n'osa les refuser; mais elle marqua une grande indifférence pour ce qu'on lui présentait, excepté pour un poignard, dont la garde était garnie de diamants. Elle le prit plusieurs fois, et le mit à sa ceinture, parce que les dames en ce pays-là en portaient ordinairement.

Puis elle dit:

«Je suis trompée si ce n'est ce même poignard qui a percé le sein de ma pauvre soeur?

—Nous ne le savons point, madame, lui dirent ceux à qui elle parlait; mais si vous avez cette opinion, il ne faut jamais le voir.

—Au contraire, dit-elle, je loue son courage; heureuse qui en a assez pour l'imiter!

—Ah! ma soeur, s'écria Marthesie, quelles funestes pensées roulent dans votre esprit! voulez-vous mourir?

—Non! répondit Zélonide d'un air ferme, l'autel n'est pas digne d'une telle victime; mais j'atteste les dieux que...»

Elle n'en put dire davantage, ses larmes étouffèrent ses plaintes et sa voix.

L'amoureux Marcassin ayant été informé de la manière dont Zélonide avait reçu son présent, s'indigna si fort contre elle, qu'il fut sur le point de rompre, et de ne la revoir de sa vie. Mais soit par tendresse, soit par gloire, il ne voulut pas le faire, et résolut de suivre son premier dessein avec la dernière chaleur. Le roi et la reine lui remirent le soin de cette grande fête. Il l'ordonna magnifique; cependant il y avait toujours dans ce qu'il faisait un certain goût de Marcassin très extraordinaire: la cérémonie se fit dans une vaste forêt, où l'on dressa des tables chargées de venaison pour toutes les bêtes féroces et sauvages qui voudraient y manger, afin qu'elles se ressentissent du festin.