«Elle m'apprit, continua-t-il, tout ce que je vous ai déjà raconté de la reine ma mère: je lui fis de très humbles remerciements pour les bonnes nouvelles qu'elle me donnait; j'allai vous trouver avec une joie mêlée d'espérance que je n'avais point encore ressentie. Et lorsque je fus assez heureux pour recevoir des marques de votre amitié, ma satisfaction augmenta de toute manière, et mon impatience était violente de pouvoir partager mon secret avec vous. La fée, qui ne l'ignorait pas, me venait menacer la nuit des plus grandes disgrâces si je ne savais me taire. «Ah! lui disais-je, madame, vous n'avez sans doute jamais aimé, puisque vous m'obligez à cacher une chose si agréable à la personne du monde que j'aime le plus?» Elle riait de ma peine, et me défendait de m'affliger, parce que tout me devenait favorable. Cependant, ajouta-t-il, rendez-moi ma peau de sanglier, il faut bien que je la remette, de peur d'irriter les fées.
—Quel que vous puissiez devenir, mon cher prince, lui dit Marthesie, je ne changerai jamais pour vous; il me demeurera toujours une idée charmante de votre métamorphose.
—Je me flatte, dit-il, que les fées ne voudront pas nous faire souffrir longtemps; elles prennent soin de nous; ce lit qui vous paraît de mousse, est d'excellent duvet et de laine fine: ce sont elles qui mettaient à l'entrée de la grotte tous les beaux fruits que vous avez mangés.»
Marthesie ne se lassait point de remercier les fées de tant de grâces.
Pendant qu'elle leur adressait ses compliments, Marcassin faisait les derniers efforts pour remettre la peau de sanglier; mais elle était devenue si petite, qu'il n'y avait pas de quoi couvrir une de ses jambes. Il la tirait en long, en large, avec les dents et les mains, rien n'y faisait. Il était bien triste et déplorait son malheur; car il craignait, avec raison, que la fée qui l'avait si bien marcassiné ne vînt la lui remettre pour longtemps.
«Hélas! ma chère Marthesie, disait-il, pourquoi avez-vous caché cette fatale peau? C'est peut-être pour nous en punir que je ne puis m'en servir comme je faisais. Si les fées sont en colère, comment les apaiserons-nous?»
Marthesie pleurait de son côté; c'était là un sujet d'affliction bien singulier de pleurer, parce qu'il ne pouvait plus devenir Marcassin.
Dans ce moment la grotte trembla, puis la voûte s'ouvrit; ils virent tomber six quenouilles chargées de soie, trois blanches et trois noires, qui dansaient ensemble. Une voix sortit d'entre elles, qui dit:
«Si Marcassin et Marthesie devinent ce que signifient ces quenouilles blanches et noires, ils seront heureux.»
Le prince rêva un peu, et dit ensuite: