«Je devine que les trois quenouilles blanches, signifient les trois fées qui m'ont doué à ma naissance.
—Et pour moi, s'écria Marthesie, je devine que ces trois noires signifient mes deux soeurs et Coridon.»
En même temps les fées parurent à la place des quenouilles blanches. Ismène, Zélonide et Coridon parurent aussi. Rien n'a jamais été si effrayant que ce retour de l'autre monde.
«Nous ne venons pas de si loin que vous le pensez, dirent-ils à Marthesie; les prudentes fées ont eu la bonté de nous secourir. Et dans le temps que vous pleuriez notre mort, elles nous conduisaient dans un bateau où rien n'a manqué à nos plaisirs, que celui de vous voir avec nous.
—Quoi! dit Marcassin, je n'ai pas vu Ismène et son amant sans vie, et ce n'est pas de ma main que Zélonide a perdu la sienne?
—Non, dirent les fées, vos yeux fascinés ont été la dupe de nos soins: tous les jours ces sortes d'aventures arrivent. Tel croit avoir sa femme au bal, quand elle est endormie dans son lit: tel croit avoir une belle maîtresse, qui n'a qu'une guenuche; et tel autre croit avoir tué son ennemi, qui se porte bien dans un autre pays.
—Vous m'allez jeter dans d'étranges doutes, dit le prince Marcassin; il semble, à vous entendre, qu'il ne faut pas même croire ce qu'on voit.
—La règle n'est pas toujours générale, répliquèrent les fées: mais il est indubitable que l'on doit suspendre son jugement sur bien des choses, et penser qu'il peut entrer quelque dose de féerie dans ce qui nous paraît de plus certain.»
Le prince et sa femme remercièrent les fées de l'instruction qu'elles venaient de leur donner, et de la vie qu'elles avaient conservée à des personnes qui leur étaient si chères:
«Mais, ajouta Marthesie, en se jetant à leurs pieds, ne puis-je espérer que vous ne ferez plus reprendre cette vilaine peau de sanglier à mon fidèle Marcassin?