—Nous venons vous en assurer, dirent-elles, car il est temps de retourner à la cour.»

Aussitôt la grotte prit la figure d'une superbe tente, où le prince trouva plusieurs valets de chambre qui l'habillèrent magnifiquement. Marthesie trouva de son côté des dames d'atour, et une toilette d'un travail exquis, où rien ne manquait pour la coiffer et pour la parer; ensuite le dîner fut servi comme un repas ordonné par les fées. C'est en dire assez.

Jamais joie n'a été plus parfaite; tout ce que Marcassin avait souffert de peine, n'égalait point le plaisir de se voir non seulement homme, mais un homme infiniment aimable. Après que l'on fut sorti de table, plusieurs carrosses magnifiques, attelés des plus beaux chevaux du monde, vinrent à toute bride. Ils y montèrent avec le reste de la petite troupe. Des gardes à cheval marchaient devant et derrière les carrosses. C'est ainsi que Marcassin se rendit au palais.

On ne savait à la cour d'où venait ce pompeux équipage, et l'on savait encore moins qui était dedans, lorsqu'un héraut le publia à haute voix, au son des trompettes et des timbales: tout le peuple ravi accourut pour voir son prince. Tout le monde en demeura charmé, et personne ne voulut douter de la vérité d'une aventure qui paraissait pourtant bien douteuse.

Ces nouvelles étant parvenues au roi et à la reine, ils descendirent promptement jusque dans la cour. Le prince Marcassin ressemblait si fort à son père, qu'il aurait été difficile de s'y méprendre. On ne s'y méprit pas: aussi jamais allégresse n'a été plus universelle. Au bout de quelques mois elle augmenta encore par la naissance d'un fils, qui n'avait rien du tout de la figure ni de l'humeur marcassine.

Le plus grand effort de courage,
Lorsque l'on est bien amoureux,
Est de pouvoir cacher à l'objet de ses voeux
Ce qu'à dissimuler le devoir nous engage:
Marcassin sut par là mériter l'avantage
De rentrer triomphant dans une auguste cour.
Qu'on blâme, j'y consens, sa trop faible tendresse,
Il vaut mieux manquer à l'amour,
Que de manquer à la sagesse.


[La Princesse Belle-Étoile]

Il était une fois une princesse à laquelle il ne restait plus rien de ses grandeurs passées que son dais et son cadenas; l'un était de velours, en broderies de perles, et l'autre d'or, enrichi de diamants. Elle les garda tant qu'elle put; mais l'extrême nécessité où elle se trouvait réduite, l'obligeait de temps en temps à détacher une perle, un diamant, une émeraude, et cela se vendait secrètement pour nourrir son équipage. Elle était veuve, chargée de trois filles très jeunes et très aimables. Elle comprit que si elle les élevait dans un air de grandeur et de magnificence convenable à leur rang, elles se ressentiraient davantage dans la suite de leurs disgrâces. Elle prit donc la résolution de vendre le peu qui lui restait, et de s'en aller bien loin avec ses trois filles s'établir dans quelque maison de campagne, où elles feraient une dépense convenable à leur petite fortune. En passant dans une forêt très dangereuse, elle fut volée, de sorte qu'il ne lui resta presque plus rien. Cette pauvre princesse, plus chagrine de ce dernier malheur que de tous ceux qui l'avaient précédé, connut bien qu'il fallait gagner sa vie ou mourir de faim. Elle avait aimé autrefois la bonne chère, et savait faire des sauces excellentes. Elle n'allait jamais sans sa petite cuisine d'or, que l'on venait voir de bien loin. Ce qu'elle avait fait pour se divertir, elle le fit alors pour subsister. Elle s'arrêta proche d'une grande ville, dans une maison fort jolie; elle y faisait des ragoûts merveilleux; l'on était friand dans ce pays-là, de sorte que tout le monde accourait chez elle. L'on ne parlait que de la bonne fricasseuse, à peine lui donnait-on le temps de respirer. Cependant ses trois filles devenaient grandes; et leur beauté n'aurait pas fait moins de bruit que les sauces de la princesse, si elle ne les avait cachées dans une chambre, d'où elles sortaient très rarement.

Un jour des plus beaux de l'année, il entra chez elle une petite vieille, qui paraissait bien lasse; elle s'appuyait sur un bâton, son corps était tout courbé, et son visage plein de rides.