Les trois princes étant allés un jour à la chasse, Belle-Étoile s'enferma dans un petit cabinet, qu'elle aimait parce qu'il était sombre, et qu'elle y rêvait avec plus de liberté qu'ailleurs: elle ne faisait aucun bruit. Ce cabinet n'était séparé de la chambre de Corsine que par une cloison, et cette femme la croyait à la promenade; elle l'entendit qui disait au corsaire:
«Voilà Belle-Étoile en âge d'être mariée: si nous savions qui elle est, nous tâcherions de l'établir d'une manière convenable à son rang; ou si nous pouvions croire que ceux qui passent pour ses frères ne le sont pas, nous lui en donnerions un, car que peut-elle jamais trouver d'aussi parfait qu'eux?
—Lorsque je les rencontrai, dit le corsaire, je ne vis rien qui pût m'instruire de leur naissance; les pierreries qui étaient attachées sur leur berceau, faisaient connaître que ces enfants appartenaient à des personnes riches; ce qu'il y aurait de singulier, c'est qu'ils fussent tous jumeaux: car ils paraissaient de même âge, et il n'est pas ordinaire qu'on en ait quatre.
—Je soupçonne aussi, dit Corsine, que Chéri n'est pas leur frère, il n'a ni étoile ni chaîne au cou.
—Il est vrai, répliqua son mari; mais les diamants tombent de ses cheveux comme de ceux des autres, et après toutes les richesses que nous avons amassées par le moyen de ces chers enfants, il ne me reste plus rien à souhaiter que de découvrir leur origine.
—Il faut laisser agir les dieux, dit Corsine, ils nous les ont donnés, et sans doute quand il en sera temps ils développeront ce qui nous est caché.»
Belle-Étoile écoutait attentivement cette conversation. L'on ne peut exprimer la joie qu'elle eut de pouvoir espérer qu'elle sortait d'un sang illustre; car encore qu'elle n'eût jamais manqué de respect pour ceux dont elle croyait tenir le jour, elle n'avait pas laissé de ressentir de la peine d'être fille d'un corsaire. Mais ce qui flattait davantage son imagination, c'était de penser que Chéri n'était peut-être point son frère: elle brûlait d'impatience de l'entretenir, et de leur dire à tous une aventure si extraordinaire.
Elle monta sur un cheval isabelle, dont les crins noirs étaient rattachés avec des boucles de diamants, car elle n'avait qu'à se peigner une seule fois pour en garnir tout un équipage de chasse: sa housse de velours vert était chamarrée de diamants et brodée de rubis; elle monta promptement à cheval, et fut dans la forêt chercher ses frères. Le bruit des cors et des chiens lui fit assez entendre où ils étaient: elle les joignit au bout d'un moment. À sa vue, Chéri se détacha et vint au-devant d'elle plus vite que les autres.
Quelle agréable surprise, lui cria-t-il, Belle-Étoile! Vous venez enfin à la chasse, vous que l'on ne peut distraire pour un moment des plaisirs que vous donnent la musique et les sciences que vous apprenez?
—J'ai tant de choses à vous dire, répliqua-t-elle, que voulant être en particulier, je suis venue vous chercher.