[79] Cet usage, qui ne laisse pas que de surprendre une étrangère, s'explique par les alliances continuelles des grandes familles d'Espagne entre elles. Les Bourbons créèrent par la suite des grandesses en faveur de personnages qui n'appartenaient pas à cette ancienne noblesse; le duc de Losada, favori de Charles IV, était du nombre. Les grands d'Espagne ne le tutoyaient pas, à son grand désappointement.

[80] Madame d'Aulnoy cite ce nom fort mal à propos. L'héritière du marquisat d'Alcañizas était mariée au duc de Medina-de-Rioseco, amirante de Castille.

[81] Le conseiller Bertault fait également mention de cette étrange mode.

[82] Madame d'Aulnoy cite par erreur le nom du marquis de la Cueva. Ce fut le marquis de Bedmar, ambassadeur de Philippe III à Venise, le marquis de Villafranca, gouverneur de Milan, et le duc d'Osuna, Vice-Roi de Naples, qui ourdirent ce complot d'autant plus extraordinaire que le roi d'Espagne paraît n'en avoir pas été instruit, et que la république de Venise se borna à arrêter les agents du marquis de Bedmar et ne se plaignit pas à l'Europe de cet attentat. Cet événement appartient surtout à l'histoire d'Italie. Nous nous bornons donc à la rapporter en termes généraux et à faire remarquer la crédulité de madame d'Aulnoy en ce qui touche les verres ardents de ces lunettes.

[83] Les bucaros sont des espèces de pots de terre rouge d'Amérique, assez semblable à celle dont sont faites les cheminées des pipes turques; il y en a de toutes formes, de toutes grandeurs; quelques-uns sont relevés de filets, de dorure et semés de fleurs grossièrement peintes. Comme on n'en fabrique plus en Amérique, les bucaros commencent à devenir rares, et dans quelques années seront introuvables et fabuleux comme le vieux sèvres; alors tout le monde en aura.

Quand on veut se servir des bucaros, on en place sept ou huit sur le marbre des guéridons ou des encoignures, on les remplit d'eau et on va s'asseoir sur un canapé pour attendre qu'ils produisent leur effet et pour en savourer le plaisir avec le recueillement convenable. L'argile prend alors une teinte plus foncée, l'eau pénètre ses pores, et les bucaros ne tardent pas à entrer en sueur et à répandre un parfum qui ressemble à l'odeur du plâtre mouillé ou d'une cave humide qu'on n'aurait pas ouverte depuis longtemps. Cette transpiration des bucaros est tellement abondante, qu'au bout d'une heure, la moitié de l'eau s'est évaporée; celle qui reste dans le vase est froide comme la glace et a contracté un goût de puits et de citerne assez nauséabond, mais qui est trouvé délicieux par les aficionados. Une demi-douzaine de bucaros suffit pour imprégner l'air d'un boudoir d'une telle humidité, qu'elle vous saisit en entrant; c'est une espèce de bain de vapeur à froid. Non contentes d'en humer le parfum, d'en boire l'eau, quelques personnes mâchent de petits fragments de bucaros, les réduisent en poudre et finissent par les avaler. (T. Gautier, Voyage en Espagne.)

[84] Ces belons ne sont autres que des lampes romaines montées sur un pied plus ou moins élevé. On en retrouve encore dans les ventas.

[85] Le Roi, dit le duc de Saint-Simon, n'entreprend jamais de vrais voyages, et cela depuis un temps immémorial, qu'il n'aille en cérémonie faire ses prières devant cette image, ce qui ne s'appelle point autrement qu'aller prendre congé de Notre-Dame d'Atocha. Les richesses de cette image en or, en pierreries, en dentelles, en étoffes somptueuses, sont prodigieuses. C'est toujours une des plus grandes et des plus riches dames qui a le titre de sa dame d'atours, et c'est un honneur fort recherché, quoique très-cher, car il lui en coûte quarante mille et quelquefois cinquante mille francs, pour la fournir de dentelles et d'étoffes qui reviennent au couvent.

Je ne vis jamais moines si gros, si grands, si grossiers et si rogues. L'orgueil leur sortait par les yeux et toute leur contenance; la présence de Leurs Majestés ne l'affaiblissait point. Ce qui me surprit à n'en pas croire mes yeux, fut l'arrogance et l'effronterie avec lesquelles ces maîtres moines poussaient leurs coudes dans le nez des dames et dans celui de la camarera-mayor comme des autres, qui toutes à ce signal baisaient leurs manches, redoublaient après leurs révérences, sans que le moine branlât le moins du monde. (Mémoires du duc de Saint Simon, t. XIX, p. 90.)

[86] L'indévotion de quelques Espagnols et leur mascarade de religion est une chose qui ne se peut comprendre, dit le maréchal de Gramont. Rien n'est plus risible que de les voir à la messe, avec de grands chapelets pendus à leurs bras, dont ils marmottent les patenôtres en entretenant tout ce qui est autour d'eux, et songeant par conséquent médiocrement à Dieu et à son Saint-Sacrifice. Ils se mettent rarement à genoux à l'élévation; leur religion est toute des plus commodes, et ils sont exacts à observer tout ce qui ne leur donne point de peine. On punirait sévèrement un blasphémateur du nom de Dieu et une personne qui parlerait contre les saints et les mystères de la foi, parce qu'il faut être fou, disent-ils, pour commettre un crime qui ne donne point de plaisir; mais pour ne bouger des lieux les plus infâmes, manger de la viande tous les vendredis, entretenir publiquement une trentaine de courtisanes et les avoir jour et nuit à ses côtés, ce n'est pas seulement matière de scrupule pour eux. (Collection des mémoires relatifs à l'histoire de France, t. XXXI, p. 324.)