[111] Madame d'Aulnoy ne dit rien de plus des aventures de cette intéressante personne. Elle se proposait sans doute de les narrer; et nous devons croire qu'ayant renoncé à son idée, elle a, par inadvertance, laissé subsister ce passage, qui dès lors n'a aucun sens.

[112] Cette perle, de la plus belle eau qu'on aît jamais vue, est précisément faite et évasée comme ces petites poires qui sont musquées, qu'on appelle des sept-en-gueule et qui paraissent dans leur maturité vers la fin des fraises. Leur nom marque leur grosseur, quoiqu'il n'y ait point de bouche qui en pût contenir quatre à la fois, sans péril de s'étouffer. La perle est grosse et longue comme les moins grosses de cette espèce, et sans comparaison plus qu'aucune autre perle que ce soit. Aussi est-elle unique. On la dit la pareille et l'autre pendant d'oreilles de celle qu'on prétend que la folie de magnificence et d'amour fit dissoudre par Marc-Antoine dans du vinaigre, qu'il fit avaler à Cléopâtre. (Mémoires du duc de Saint-Simon, t. XIX, p. 197.)

[113] L'abbé de Vayrac cite cette église de Sainte-Marie qui le frappa par une étrange représentation de la Vierge et de saint Joseph. Saint Joseph était habillé en Arlequin, et la Vierge en mère Gigogne. (État présent de l'Espagne, p. 81.)

[114] Le baron de Gleichen assista à des autos semblables vers la fin du dix-huitième siècle.

La première de ces pièces, à laquelle je me suis trouvé, était une pièce allégorique qui représentait une foire. Jésus-Christ et la Sainte Vierge y tenaient boutique en rivalité avec la Mort et le Péché, et les âmes y venaient faire des emplettes. La boutique de Notre-Seigneur était sur le devant du théâtre, au milieu de celles de ses ennemis, et avait pour enseigne une hostie et un calice environnés de rayons transparents. Tout le jargon marchand était prodigué par la Mort et le Péché pour s'attirer des chalands, pour les séduire et les tromper, tandis que des morceaux de la plus belle éloquence étaient récités par Jésus-Christ et la Sainte Vierge, pour détourner et détromper ces âmes égarées. Mais malgré cela ils vendaient moins que les autres, ce qui produisit à la fin de la pièce le sujet d'un pas de quatre qui exprimait leur jalousie et qui se termina à l'avantage de Notre-Seigneur et de sa Mère, lesquels chassèrent la Mort et le Péché à grands coups d'étrivières.

Une autre pièce, assez plaisante et fort spirituelle, est la comédie du Pape Pie V. C'est une critique très-bien faite des mœurs espagnoles. Dans la dernière scène, on voit le Pape, qui est un saint, sur un trône au milieu de ses cardinaux, et deux avocats pour plaider devant ce consistoire pour et contre les belles qualités et les défauts des Espagnols; l'avocat contre finit par dénoncer le fandango comme une danse scandaleuse et licencieuse, et digne de la censure apostolique. Alors, l'avocat tire une guitare de dessous son manteau, et dit qu'il faut avant tout avoir entendu un fandango avant que de pouvoir en juger. Il le joue, et bientôt le plus jeune des cardinaux ne peut plus y tenir: il se trémousse, descend de son siége et remue les jambes; le second en fait autant; la même envie passe au troisième et les gagne l'un après l'autre, jusqu'au Saint-Père qui résiste longtemps, mais qui, enfin, se mêle parmi eux; et tous finissent par danser et rendre justice au fandango. (Souvenirs du baron de Gleichen, p. 15.)

[115] «Ces badineries de carême-prenant» s'accommodaient avec la dévotion des Espagnols. Le conseiller Bertault vit aussi les moines de Valladolid célébrer le plus sérieusement du monde la naissance du Christ par une mascarade. Ils avaient de faux nez et de fausses barbes, les accoutrements les plus étranges, et simulaient ainsi l'arrivée des Rois Mages. Ils s'avançaient en jouant du tambourin et exécutaient des danses grotesques dans l'église, tandis que l'orgue jouait une chacone.

[116] La Casa de contratacion exerça une influence désastreuse sur les finances de l'Espagne. Nous nous sommes efforcés d'en donner la raison dans la note que nous avons insérée plus loin. (Appendice E.)

[117] Nous renvoyons à l'appendice F. la très-longue et très-fastidieuse liste que donne madame d'Aulnoy des vice-royautés et gouvernements d'Amérique.

[118] Les choses ne se passaient pas aussi simplement que semble le dire madame d'Aulnoy. Ces ventes étaient devenues un des moyens d'extorsion que les Espagnols employaient pour arracher aux Indiens leurs dernières ressources. En effet, les marchandises espagnoles étaient remises aux corrégidors qui en faisaient la répartition (repartimento). Ces magistrats parcouraient aussitôt les districts auxquels ils étaient préposés et fixaient arbitrairement la qualité et le prix de la marchandise que chaque Indien devait recevoir. Ils donnaient des miroirs à un sauvage dont la cabane n'avait pas de plancher, des cadenas à un autre dont la chaumière était suffisamment gardée par une porte de jonc, des plumes et du papier à un malheureux qui ne savait pas écrire.... Cette première répartition, qui suivait régulièrement l'arrivée de la flotte et des galions, ne suffisait point à l'avidité des corrégidors. Le plus souvent, ils revenaient au bout de quelques jours offrir aux Indiens quelques marchandises qu'ils avaient tenues en réserve afin d'en assurer le débit; ils ne distribuaient la première fois que des objets inutiles à ces malheureux et gardaient soigneusement pour cette nouvelle répartition les objets de première nécessité. (Notizia secreta, citée par Ch. Weiss, t. II, p. 213.)