[119] Les galions fournissaient les marchés du Pérou et du Chili. C'étaient dix vaisseaux de guerre, dont huit portaient de quarante-quatre à cinquante-deux canons. Les deux autres étaient de simples pataches, dont la plus grande était armée de vingt-quatre canons et la plus petite de six ou huit. La flotte était destinée à faire le commerce avec la Nouvelle-Espagne. Elle se composait de deux vaisseaux de cinquante-deux à cinquante-cinq canons. Les deux escadres étaient accompagnées de vaisseaux marchands qui avaient chacun de trente à trente-quatre canons et cent vingt hommes d'équipage. Au temps de Philippe II, soixante-dix vaisseaux de huit cents tonneaux approvisionnaient la Nouvelle-Espagne, et quarante autres le Pérou. Toute cette flotte marchande se trouvait réduite, sous le règne de Charles II, à une vingtaine de vaisseaux. (Weiss, t. II, p. 209.)

[120] Les chiffres donnés par madame d'Aulnoy doivent se rapprocher de la vérité, car ils s'accordent avec les curieuses recherches faites par M. de Humbolt. S'appuyant sur des données positives et des conjectures, ce savant démontre que les importations de l'or d'Amérique en Espagne eurent lieu dans la progression suivante: deux cent cinquante mille piastres (un million trois cent mille francs), année moyenne, de 1492 à 1500; trois millions de piastres (quinze millions six cent mille francs), de 1500 à 1545; onze millions de piastres (cinquante-sept millions deux cent mille francs), de 1545 à 1600; seize millions (quatre-vingt-trois millions deux cent mille francs), de 1600 à 1700. (Weiss, t. II, p. 115.)

Il est fort probable, du reste, que le hasard ait seul servi madame d'Aulnoy, car, quelques pages plus loin, elle donne un chiffre tout différent.

[121] L'impureté du sang était un des griefs les plus sérieux qu'on pût alléguer; aussi, fallait-il prouver son origine chrétienne pour arriver aux plus modestes fonctions. Les Espagnols avaient une véritable horreur des Juifs et des Maures. Ce trait de caractère explique un grand nombre de faits de leur histoire, entre autres la popularité de l'Inquisition, la faveur avec laquelle les contemporains virent l'expulsion des maurisques; enfin, dans les relations journalières, le prix que l'on attachait à la pureté du sang. (La limpieza de la sangre, Ranke, p. 257.)

[122] La raison en était que, par une exception rare en Espagne, les titres, dignités et majorats des Velasco ne se transmettaient pas par les femmes.

[123] Cette dernière assertion est invraisemblable, les majorats se transmettant par les femmes.

[124] Le héros de cette aventure devait être le fils du comte de Castrillo, qui prit une part considérable au gouvernement sous le règne de Philippe IV et pendant la minorité de Charles II. La faveur dont il jouit tenait surtout, paraît-il, à ce que sa famille était une branche cadette de la maison de Haro, dont le chef était alors Don Luis de Haro, marquis del Carpio.

[125] La correspondance du marquis de Villars témoigne de l'incroyable désordre qui régnait à Madrid. L'ambassadeur de Portugal, dit-il, a trente laquais, les meilleurs soldats qu'il ait pu trouver à Lisbonne, armés de toutes sortes d'armes; et quand les Espagnols ont tué ou fait quelque insulte à sa famille, il envoie un parti de douze ou quinze valets, avec ordre de tuer cinq ou six Espagnols, suivant l'injure qu'on lui a faite.

Il est aussi familier d'assassiner ici que de se désaltérer lorsqu'on a soif, et il n'y a jamais de châtiment. (Négociations relatives à la succession d'Espagne, t. IV, p. 168.)

[126] La Reine Louise de Savoie, femme de Philippe V, racontait au cardinal d'Estrée un exemple curieux de l'usage que les Espagnols faisaient des reliques. La duchesse d'Albe, alarmée de l'état de santé de son fils, fit demander à des moines de Madrid quelques reliques. Elle obtint un doigt de saint Isidore, le fit piler et le fit prendre à son fils, partie en potion, partie en clystère. (Mémoires de Louville, t. II, p. 107.)