Si l'on objecte à M. de Girardin que le salaire de l'ouvrier est insuffisant pour satisfaire à ce devoir: Eh bien, répond le généreux publiciste, relevez le prix du salaire, en éloignant des travaux industriels les femmes et les enfants qui l'abaissent par la concurrence faite aux hommes. Et si cette mesure ne suffit pas pour équilibrer les recettes et les dépenses, vous augmenterez le salaire, car «il n'y a pas une considération au nom de laquelle j'admette, que pour ne pas diminuer le profit de tels hommes, d'autres hommes seront éternellement condamnés à l'insuffisance du salaire; et que, pour mettre telles femmes à l'abri du viol, d'autres femmes seront nécessairement vouées à la prostitution.» (Id., p. 26.)

M. de Girardin, comparant le sort de l'épouse sous les deux régimes s'exprime ainsi:

«Sous le régime de la paternité, l'épouse comblée des biens de la fortune, fléchit sous le poids d'une oisevité qui, le plus souvent, enfièvre et égare son imagination. Elle ne sait que faire pour employer son temps. La femme ne fait rien, parce que l'homme fait tout.

«L'épouse qui n'a pas apporté de dot et qui n'a pas reçu de douaire, fléchit sous le poids d'un travail contre nature qui l'oblige, par économie, de se séparer de son enfant peu de jours après lui avoir donné la naissance, et de le mettre en nourrice loin d'elle, moyennant cinq ou six francs par mois; d'aller travailler d'un côté lorsque son mari travaille de l'autre; et de ne se rejoindre que le soir, en rentrant chacun de l'atelier qui les a tenus éloignés de leur ménage toute la journée: si c'est là ce qu'on appelle la famille, cela vaut-il en conscience le bruit qu'on en fait?

«Sous le régime de la maternité, au contraire, plus la femme est riche, moins elle est désœuvrée; car non seulement elle a ses enfants à nourrir, à élever, à instruire, à surveiller, mais encore elle a à administrer sa fortune qui sera la leur.

«Conserver cette fortune, l'accroître encore; voilà de quoi occuper ses loisirs, calmer son imagination, la refréner. C'est à tort qu'on suppose que les femmes sont peu aptes à la gestion des affaires; elles y excellent pour si peu qu'elles s'y appliquent, ou qu'elles y aient été exercées. (Id. p. 35 et 36.)

«Assez longtemps l'homme a été la personnification de la guerre, de l'esclavage, de la conquête; c'est au tour de la femme d'être la personnification de la paix, de la liberté, de la civilisation.

«Dans ce régime nouveau (celui de la maternité) chacun des deux a sa part; à l'homme le travail, le génie de l'entreprise; à la femme l'épargne et l'esprit de prévoyance.

«L'homme spécule, la femme administre;

«L'homme acquiert, la femme conserve;