Pourquoi beaucoup d'enfants ressemblent à certains portraits qui ont frappé la mère?
Pourquoi enfin des physiologistes, impressionnés par des faits nombreux, ont cru pouvoir prononcer que la femme est conservatrice du type?
En présence de ces faits indéniables, que devient votre prétendue loi, je vous le demande à vous-même?
Elle rentre dans le domaine des chimères.
Il y a des gens qui pensent que chez la femme est une force plastique qui lui fait pétrir son fruit sur le modèle que l'amour, la haine ou la peur ont peint dans son cerveau; que l'enfant ne serait ainsi qu'une sorte de photographie d'une image cérébrale de la mère.
A l'aide de cette théorie, l'on pourrait expliquer la ressemblance de l'enfant avec le père, avec le premier mari, avec des parents ou amis vivants ou aimés et morts, avec des portraits, des statues et même des animaux; mais par elle, il serait impossible d'expliquer comment une femme peut reproduire dans son enfant les traits d'un ascendant de son mari ou d'elle, ascendant qu'elle n'a jamais vu, même en portrait; ni comment, malgré le désir qu'elle en a, l'enfant ne ressemble pas à l'un de ceux qu'elle aime, etc.
Tenons-nous dans une sage réserve: les lois de la génération et de la ressemblance ne sont pas connues. Si l'on parvient à les découvrir, ce ne sera que par de longues et patientes observations, à l'aide d'une sage critique et d'un honorable parti pris d'impartialité. L'on ne crée pas les lois, on les découvre: l'ignorance est plus saine à l'esprit que l'erreur: généraliser quelques faits, sans tenir compte de milliers de faits plus nombreux qui les contredisent, ce n'est pas faire de la science, mais de la métaphysique poétique, et cette métaphysique, quelque gracieusement drapée qu'elle soit, est l'ennemie de la raison, de la science et de la vérité.
M. Michelet me pardonnera cette petite leçon de méthode. Je ne me serais pas permis de la lui donner, si les hommes à sa suite et à celle de M. Proudhon, ne répétaient comme des perroquets bien appris: que la femme est dépouillée des hautes facultés intellectuelles, qu'elle est impropre à la science, qu'elle ne comprend rien à la méthode, et autres billevesées de cette force.
De semblables allégations mettent les femmes, sous le rapport de la politesse et de la modestie, dans une position tout exceptionnelle: elles ne doivent aucun égard à ceux qui les nient; leur plus importante affaire, à l'heure qu'il est, est de prouver aux hommes qu'ils se trompent et qu'on les trompe: qu'une femme est très capable d'apprendre aux premiers d'entre eux comment on trouve une loi, comment on en constate la réalité, comment et à quelle condition il est permis de se croire et de se dire rationnel et rationaliste.
Avant de terminer, arrêtons-nous sur quelques passages du livre de l'Amour. Je serais curieuse de savoir à quelle femme s'adresse M. Michelet lorsqu'il dit: