Non, n'est-ce pas: quels motifs vous autorisent alors à penser que ceux et celles qui réclament pour la femme une instruction solide, voulussent ce à quoi vous ne songez pas pour le peuple?
D'autre part, est-ce que vous cultivez l'intelligence de l'homme par les romans, les spectacles de cour d'assises et autres? Est-ce dans ces choses que consiste son savoir? Non, n'est-ce pas. Qu'y a-t-il alors de commun entre ce que vous blâmez et la science que nous voulons pour la femme; et pourquoi nous attribuer de sottes idées pour vous donner le plaisir de férailler contre des fantômes?
Toutes vos grandes dames se nourrissent de romans, de spectacles, d'émotions judiciaires, et elles ne sont ni vulgaires, ni triviales, ni comparables à des bornes salies par la boue: ce que vous leur dites n'est donc pas plus vrai que gracieux.
Mais si vous leur faites de mauvais compliments qu'elles ne méritent pas, en revanche vous les absolvez trop facilement. Écoutez bien, monsieur, quels sont nos principes, afin de ne plus risquer de vous montrer injuste à notre égard.
La corruption, pour nous, n'est pas seulement le défaut de chasteté, la recherche honteuse de la galanterie; mais tout mauvais sentiment habituel, tout affaiblissement du sens moral; et nous condamnons absolument tout ce qui peut diminuer le ressort de l'âme et la détourner de la pratique de la justice, de la vertu, du respect de soi-même.
En conséquence nous professons que les spectacles de cour d'assises habituent le cœur à l'insensibilité, et doivent être évités aussi bien que les exécutions.
Nous professons que la scène moderne est généralement mauvaise, puisqu'on y excite l'intérêt pour des adultères, des voleurs, des séducteurs, des prostituées; que l'âme y est dans une atmosphère malsaine et affaiblissante.
Nous professons enfin que l'on doit être très tempérant dans la lecture des romans, parce qu'en général quand ils ne corrompent pas les mœurs, ils faussent le jugement et font perdre un temps précieux.
Si nous aimons et estimons l'art, nous nous indignons du mauvais emploi qu'on en fait, et nous estimons peu ceux qui s'en servent pour égarer le cœur et pervertir le sens moral.
Nous disons aux femmes: instruisez vous, soyez dignes et chastes; la vie est chose sérieuse, employez la sérieusement.